Les médias ont-ils appris de l’attentat de Québec ?

Réponse à la chronique d’Isabelle Hachey sur les incidents survenus à McGill.

Jean Gagnon - Wikipédia

Le matin du 29 janvier, j’ai consulté quelques journaux, en quête de textes commémorant l’attentat de Québec. Je n’en ai pas trouvé. Par contre, dans La Presse, j’ai trouvé un texte d’Isabelle Hachey, fabriquant encore une fois de toutes pièces une controverse concernant l’usage du « mot en n » à l’Université. Je lui ai donc fait parvenir cette réponse : 

Aujourd’hui, on est le 29 janvier. Vous souvenez-vous de ce qui s’est passé à pareille date, il y a quatre ans ? Je pose la question parce que, à en lire La Presse et les autres journaux parus aujourd’hui, on a l’impression que ce n’est pas le cas de beaucoup de monde. Le 29 janvier 2017, six personnes sont mortes dans un attentat islamophobe, rendu possible par la montée d’un climat profondément raciste envers les musulmans au Québec – climat qu’alimentent les médias, jour après jour. Puis, le 15 mars 2019, 51 personnes musulmanes sont mortes sous les balles d’un autre tireur en Nouvelle-Zélande. Il avait écrit le nom du tueur de Québec sur son fusil ; c’était son inspiration. 

La tuerie de Polytechnique a eu lieu il y a 32 ans et, année après année, on continue de commémorer cet événement – avec raison. On refuse d’oublier que les victimes de Marc Lépine ont été tuées par la misogynie, de peur que cela ne se reproduise. À chaque 6 décembre, on en profite pour rappeler que des violences envers les femmes continuent d’être perpétrées à une fréquence alarmante. Mais l’attentat de Québec, lui, tout juste quatre ans plus tard, semble avoir été oublié de presque tout le monde.

« Vous, vous avez choisi d’utiliser votre chronique d’aujourd’hui pour alimenter les divisions raciales, en écrivant, encore une fois, un texte donnant l’impression que les étudiant·e·s heurté·e·s par l’utilisation d’insultes à caractère raciste sont complètement zélé·e·s »

Vous, vous avez choisi d’utiliser votre chronique pour alimenter les divisions raciales en écrivant, encore une fois, un texte donnant l’impression que les étudiant·e·s heurté·e·s par l’utilisation d’insultes à caractère raciste sont complètement zélé·e·s. Vous ne prenez jamais le temps d’interviewer les étudiant·e·s concerné·e·s pour avoir leur point de vue. Et vous rapportez toujours ces événements comme s’il s’agissait de nouvelles d’intérêt public, alors que c’est littéralement la seule couverture médiatique que vous jugez bon d’accorder au monde universitaire.

Or, je vous assure qu’il se passe bien d’autres choses dans les universités et que, si vous ou vos collègues jugiez bon d’y mettre les pieds, vous réaliseriez que ces controverses sont loin d’être représentatives de notre réalité quotidienne. Il y a quelques jours à peine, pendant qu’elle suivait un cours à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Safia Nolin s’est fait harceler par des personnes s’étant introduites dans sa rencontre Zoom pour, entre autres, lui crier des insultes racistes. Personne n’en a parlé dans La Presse. Pourtant, je vous garantis que ce type d’événement est bien plus représentatif de la réalité des étudiant·e·s racisé·e·s que ceux que vous vous acharnez à dépeindre, histoire de donner l’impression que les professeur·e·s et les chargé·e·s de cours sont victimes d’un grand complot antiraciste.

Aujourd’hui en particulier, je pense qu’il est temps que les médias reconnaissent leur responsabilité dans la perpétuation du racisme au Québec. Vous avez une chronique à presque tous les jours, vous êtes lue par des milliers de personnes dont vous influencez l’opinion. Pourquoi ne pas en profiter pour apporter votre soutien aux communautés victimes de racisme ? Les gens en meurent.


Dans la même édition