Lettre ouverte – Le Délit
Lettre ouverte
Par · 11 février 2020
Il est temps de refaire la grève pour le climat.

CLIMATE JUSTICE
ACTION MCGILL – C-JAM

          Le fardeau des changements climatiques donne parfois l’impression d’une lutte sans issue. Armé·e·s de nos bouteilles d’eau et de nos pailles réutilisables, nous participons à la marche pour le climat, donnons pour lutter contre les feux de forêt en Australie et twittons «#FridaysForFuture» à nos politicien·ne·s. Malgré cela, la température moyenne ne cesse d’augmenter, la pollution continue de s’accroître et nos institutions et gouvernements demeurent complices. Nous ne pouvons pas porter la responsabilité de résoudre la crise par nos actions individuelles alors que nos systèmes économiques et politiques sont conçus pour exploiter les ressources naturelles, en plus de permettre la consommation excessive et l’accumulation des richesses par l’élite. Nous devons bâtir un rapport de force collectif et exiger un changement systémique, sans quoi notre avenir sera anéanti. Il est temps de faire la grève pour le climat.

Notre gouvernement fédéral a déclaré l’urgence climatique, mais a approuvé dès le lendemain l’extension du pipeline Trans Mountain, violant ainsi la souveraineté et les droits de la personne de la nation Secwepemc et d’autres nations autochtones, tout en consolidant le rôle international du Canada en tant que criminel climatique. De son coté, l’administration mcgilloise vante les mérites de sa stratégie de développement durable, mais refuse de se désinvestir de l’industrie des combustibles fossiles et de mettre fin à ses recherches pour cette industrie ou celle de l’armement. Selon l’université, protégée des assauts des changements climatiques grâce à sa richesse, il est plus important de maintenir un ordre social traditionnel insoutenable que d’effectuer une transition vers un avenir viable ; autrement dit, le capital prime sur notre survie. Selon nous, les actions de la haute direction ne sont qu’un écoblanchiment frauduleux et une tentative de dépolitisation de la crise climatique. Compte tenu des conséquences, c’est inacceptable.Il est nécessaire que ceux et celles qui abusent de leur position et de leur privilège ressentent notre pouvoir collectif. Il est temps de faire la grève pour le climat.

L’impression de pouvoir attendre avant d’agir relève de notre privilège socio-économique et géographique. Les conséquences fatales de la crise climatique sont déjà présentes, comme en témoignent les récentes catastrophes naturelles en Indonésie, au Bangladesh, à Porto Rico, dans les Caraïbes et ailleurs dans le monde ; cela ne fera qu’empirer. Les changements climatiques affectent de manière disproportionnée les groupes systématiquement marginalisées (notamment les communautés autochtones, noires, pauvres, racialisées et du Sud), qui sont les moins responsables de la crise écologique, tandis que les élites économiques et politiques émettent la majorité du carbone en niant toute responsabilité. Vu la façon dont les systèmes d’oppression se chevauchent et se renforcent mutuellement, si nous voulons combattre le racisme, le sexisme, le classisme et d’autres formes d’oppression, nous devons nous tourner vers la justice climatique.

Les personnes qui veulent réduire les services publics, qui veulent affaiblir, voire abolir les réglementations environnementales et qui méprisent les droits des femmes, des peuples autochtones, des communautés LGBTQ2S+ et de toutes les minorités, sont les mêmes. Elles sont peu nombreuses, mais elles ont un intérêt commun à contrôler toujours d’avantage et à étouffer toute résistance. Nos souffrons de leur refus d’affronter la crise climatique. En tant qu’étudiant·e·s ayant la capacité de lutter démocratiquement, il est impératif que nous nous mobilisions aux côtés des nombreux·ses militant·e·s qui dirigent le mouvement pour transformer le monde en ce moment crucial de l’Histoire. Nous devons envisager la prospérité environnementale dans un contexte d’équité sociale, car personne n’est libre tant que nous ne le serons pas tous·tes. Il est temps que McGill cesse d’être complice : il est temps de faire la grève pour le climat.

Les manifestations du 15 mars et du 27 septembre ont été d’une ampleur historique, mais sans un élan soutenu, leur influence sur les directions administratives et gouvernementales s’amenuise ; leur pertinence, leur capacité de mobilisation et leur potentiel sont perdus. Ensemble, à travers les facultés et les départements de McGill, nous pouvons voter démocratiquement pour une grève qui donnera sens à nos revendications et qui sensibilisera la population. Notre pouvoir collectif, combiné à celui des corps étudiants d’autres établissements d’enseignement, peut mettre en lumière le problème à McGill et dans le monde entier. Notre privilège de jouer un rôle de travailleur·se intellectuel·le vient de pair avec notre responsabilité de forger un avenir pour lequel il vaut la peine de s’éduquer. En tant que futur·e·s travailleur·euse·s, nous fournissons un service vital à l’économie et à McGill et, sans notre coopération, ni l’une ni l’autre ne pourront fonctionner sans difficulté. La grève est assez puissante pour obliger le gouvernement à nous écouter, plutôt que d’attendre ses réponses insuffisantes aux pétitions, aux lettres et aux discours. Dans une société démocratique, rien n’est plus fort sur le plan politique que des gens qui s’engagent dans une action directe non violente contre l’autorité institutionnelle. Ce n’est qu’avec une action collective, perturbatrice et prolongée que nous progresserons dans la lutte contre les changements climatiques.

Alors que des millions de personnes sur la planète se lèvent, il est temps pour nous de prendre position contre les systèmes d’oppression qui empêchent l’action climatique nécessaire. C’est dans cet esprit que nous nous joignons à la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES) lors de la semaine de grève pour la transition. Du 30 mars au 3 avril, faites la grève et participez aux manifestations et aux actions sur les campus. Joignez-vous aux groupes environnementaux dans tout le pays pour prendre collectivement notre avenir en main.

C-JAM s’organise sur les territoires traditionnels de la communauté Kanien’keha:ka.

 

 
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