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Mythologie : Costco et cie

Ou la manipulation psychique dans la surconsommation de l’inutile.

Parker Le Bras-Brown | Le Délit

« Mettez vos souliers, les enfants, c’est l’heure de la sortie hebdomadaire au magasin des rêves. » Papa et maman amènent fiston et fillette dans le club-entrepôt-étoile de leur banlieue de banlieue pour l’heure du déambulage planifiée pour chaque dimanche. Les côtoieront d’autres parents épuisés ou célibataires aigris, chacun se présentant religieusement à la messe. Fut un temps où les paroisses avaient meilleure mine.

Lors de votre arrivée, il vous suffira de brandir fièrement votre carte de membre vous donnant accès à ces bas prix sur n’importe quoi. Vous pourrez ensuite débuter votre randonnée par l’allée des produits congelés, à moins que vous ne soyez venu cette fois pour renouveler votre prescription pour la vue, ou encore pour acheter un nouveau matelas. Et quel endroit parfait pour régler des funérailles ! Des couches jusqu’à la mort, toute l’existence s’y achète. Mais peu importe, car il vous faudra traverser les nouveaux ensembles de patios qui annoncent l’été avant d’atteindre la rangée des pneus. Le slogan de Jean Coutu « On trouve de tout, même un ami » fait pâle figure à côté du gigantesque labyrinthe de rangées. Vous pouvez être certain que vous ne ressortirez pas les mains remplies simplement de ce dont vous aviez besoin ; l’emplacement rusé des objets au bout des rangées vous fera dire : « J’avais besoin de chiffons, il me semble… Et ce paquet de 75 est en rabais ! » Du stock de nettoyage pour toute sa vie, il faut en profiter ! N’oubliez pas que chaque produit est présenté comme une aubaine, un rabais à ne pas manquer ; de quoi sortir la carte de crédit sans même hésiter afin de se satisfaire de cette offre alléchante. Le tournis que donne l’enfilement des produits les plus divers réussit à mettre papa et maman dans un état de fébrilité entre le désagréable et l’excitation, permettant l’extraction des derniers sous possibles. Le rabais incroyable prendra fin demain. C’est maintenant ou jamais.

Le magasin total

La corne d’abondance consiste en le salut du banlieusard de la classe moyenne ; l’endroit devient un rassemblement communautaire qui procure à ses visiteurs un sentiment d’appartenance à la consommation. Les nombreux kiosques de dégustations « culinaires », disons « alimentaires », permettent de brefs interludes aux déambulations et favorisent le contact humain dans cet espace déshumanisé.

Les magasins à grande surface desquels fait partie ce très cher Costco représentent le summum de la déspécialisation. On y retrouve de tout, et à la même place. C’est d’une paresse éhontée dont fait preuve leur clientèle ; on détruit les commerces spécialisés pour la facilité d’accès. N’allez pas vous demander pourquoi les petites boutiques ferment leurs portes près de chez vous, vous n’avez qu’à regarder l’embouteillage causé par la masse chez Costco. Une belle déchéance humaine. 


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