La beauté d’un film éphémère – Le Délit
La beauté d’un film éphémère
Par · 4 février 2020
Retour sur les courts-métrages nominés aux Oscars.
Image par Versus Production

Alors que les Oscars approchent à grands pas et que les spéculations commencent à dessiner le visage des vainqueurs, les projections pour les meilleurs courts-métrages de fiction ne dévoilent toujours pas de lauréats apparents. Une chose reste cependant claire : 2020 se démarque par le niveau de ses réalisations, capables d’absorber le spectateur dans leurs mondes respectifs en quelque 18 minutes chacune. Je suis donc allé visionner les cinq finalistes aux Oscars et, malgré la forte compétition, cette année, me voilà à vous présenter mon humble classement des meilleurs courts-métrages de fiction de l’année.

(5) Nefta Football Club (France)

Deux frères, amateurs de football au sud de la Tunisie, s’arrêtent sur une route au bord de la frontière avec l’Algérie pour « pisser sur le pays de Mahrez », selon les mots de Mohammed, le plus jeune. C’est alors qu’ils rencontrent un âne avec des écouteurs, qui porte quelque vingt kilogrammes de drogues cachées. Il s’agira ensuite pour Abdallah, l’ainé, de cacher la drogue pour tenter de la vendre. Comique et superbement léger, ce film d’Yves Piat représente une expérience à ne pas manquer, quel que soit l’âge du spectateur. Le film s’accompagne d’ailleurs d’une moralité habilement placée : on obtient ce que l’on mérite.

(4) Brotherhood (Tunisie)

Probablement l’un des favoris pour la victoire, ce court métrage de Meryam Joobeur et Maria Gracia Turgeon relate la suspicion de Mohamed, berger, lorsque son fils Malek revient chez lui avec une nouvelle femme – âgée d’à peine quatorze ans – après une année d’engagement dans l’organisation État islamique. Mettant en scène une vaste campagne solitaire, méconnue du spectateur occidental, le film se démarque par l’ambivalence de ses personnages, nous permettant d’apprécier la seconde face d’une histoire trop souvent prise du même angle.

(3) The Neighbor’s Window (É-U.)

Un couple dans la trentaine avec trois enfants de moins de cinq ans : voilà la recette d’une vie épuisante et monotone, n’est-ce pas? Mais la donne change lorsque de nouveaux, jeunes et libres locataires emménagent dans l’appartement de l’autre côté de la rue. Laissant leurs rideaux ouverts, qui peut reprocher aux parents d’observer le jeune couple faire l’amour de temps à autre? Intéressante comédie du quotidien, le film de Marshall Curry fait bien plus que forger une amitié entre ses personnages et les spectateurs. Il nous montre que toute histoire paraît plus belle lorsqu’elle est vue de l’extérieur. Peut-être devrions nous-mêmes faire un pas en arrière, alors, et apprécier la beauté de notre propre histoire.

(2) Saria (É-U)

Inspiré d’une histoire vraie, le court-métrage de Bryan Buckley relate la vie de deux jeunes sœurs inséparables, Saria et Ximena, enfermées dans l’orphelinat Virgen de la Asunción au Guatemala, où 41 orphelines ont été brûlées à mort en 2017. Saisissant, ce film fait le juste nécessaire pour nous donner l’illusion d’un espoir, seulement pour ensuite le détruire à la dévastation du public.

(1) Une Sœur (Belgique)

Mon choix pour le meilleur court-métrage de l’année, toutes catégories confondues. Delphine Girard réussit à tourner seize minutes où l’on doit se souvenir de respirer. Le film met en scène une femme au nom inconnu, assise à côté de son agresseur, dans une voiture qu’il conduit à travers la nuit. Faisant semblant de devoir appeler sa sœur, la femme contacte les services d’urgence, où une nouvelle femme répond. Le titre du film rend justice à l’histoire, où le mot « sœur » acquiert une valeur bien plus profonde qu’un simple lien biologique. Il s’agit là tout simplement des deux femmes les plus courageuses de l’année.

 
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