La culpabilité éphémère
22 mars 2011
Le cinéaste Marc Bisaillon signe La Vérité, deuxième volet de sa tétralogie sur la conscience coupable.

Un soir d’hiver, la vie d’Yves et de Gabriel bascule. Embrumés par l’effet des champignons, les deux adolescents bien ordinaires sillonnent les rues de Saint-Hyacinthe et font la fête jusqu’à ce que Gabriel ait un malaise, une perte de conscience prolongée. Désespéré, son ami le porte jusqu’à la maison la plus proche, dont les propriétaires sont absents. Surpris quelques instants plus tard par un voisin alors qu’ils s’amusent à détruire tout ce qui s’y trouve, le duo panique devant l’homme qui menace d’appeler la police. L’un d’eux fait tomber le quinquagénaire, dont la tête frappe malencontreusement une plaque de glace. Ils apprendront, après leur fuite, qu’ils ont bel et bien commis un meurtre. Rien qui puisse les incriminer n’est retrouvé sur les lieux.

Pierre Crépo

Avec un scénario inspiré d’une histoire vraie, connue par les entrefilets d’un journal, Marc Bisaillon fait de La Vérité une œuvre à la fois simple mais efficace sur le poids de la culpabilité, sur la difficulté de s’en défaire. Alors qu’Yves quitte la ville pour oublier ses remords et abandonner ceux de son ami, Gabriel n’a d’autre choix que de rester là où tout lui rappelle l’accident et les possibles représailles, à commencer par sa mère policière et enquêteuse dont il est très proche. Ainsi, il rencontre la veuve de sa victime, assiste aux funérailles de celle-ci et est tenu au courant de la progression de l’enquête. Poursuivre sa vie sans histoires semble impossible, à tel point que sa santé physique commence à refléter son état d’esprit.

Dans un univers où le blâme attend le protagoniste au moindre détour, chaque scène du film est très évocatrice; si ce n’est de l’aspect affecté des dialogues, du jeu parfois faux des comédiens, qui semblent nourrir la progression du récit plus que la complexité de leur personnage, comme si chacune de leurs paroles n’était qu’une simple pièce à conviction. Le moindre plan prend d’ailleurs l’allure d’une péripétie qui nous entraine trop rapidement vers une fin qui laisse bien perplexe.

Malgré une distribution chevronnée (il faut souligner la performance de Pierre-Luc Lafontaine et de Geneviève Rioux), une réalisation intéressante et une direction photo irréprochable, La Vérité est un film qui ne prend nullement le temps de bien représenter la culpabilité. La rapidité avec laquelle elle s’installe chez Gabriel ne révèle aucune nuance, à tel point qu’il est impossible de sentir le poids qu’elle impose. Le scénario accuse un criant manque de substance. Et pourtant, tout porte à croire que l’œuvre aurait pu être riche et passionnante, n’eût-ce été de ce «léger» défaut. Tous s’évertueront à rappeler que La Vérité n’est qu’un volet parmi toute une tétralogie sur ce thème si riche qu’est la conscience coupable. Si ce nouveau venu dans la filmographie de Marc Bisaillon ne tient pas la route en soi, peut-être pourrons nous l’apprécier au sein d’autres œuvres qui contribueront à l’étoffer davantage.

 
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