Le remède au temps qui passe – Le Délit
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Le remède au temps qui passe
Par · 12 novembre 2019
Nicolas Bedos signe son deuxième long-métrage : La Belle Époque.
Image par Marco-Antonio Hauwert Rueda | Le Délit

Victor (Daniel Auteuil), caricaturiste déprimé, est mis à la porte par sa femme (Fanny Ardant), psychanalyste dépendante des nouvelles technologies. Pour lui, le présent n’est que tristesse. Pour elle, son mari n’est qu’un homme perdu dans son désir de revivre le passé. Leur fils, dans l’espoir de remonter le moral de son père, lui offre un cadeau qui ferait vibrer les nostalgiques : l’occasion de revenir dans le passé. Il demande à Antoine (Guillaume Canet), son meilleur ami d’enfance, dirigeant d’une société proposant de replonger dans des époques révolues en les reconstituant à l’identique, d’offrir une expérience à son père. Victor choisit de revivre le 16 mai 1974, le jour où il a rencontré celle qui deviendra son épouse. C’est lors de cette expérience qu’il fait la connaissance de l’actrice qui joue sa femme dans la reconstitution (Doria Tillier), dont il va tomber éperdument amoureux.

Une ode à la mélancolie

Présenté hors compétition au Festival de Cannes, Nicolas Bedos signe ici son second long-métrage, deux ans après Monsieur et Madame Adelman. Il présente au public un film qui fait voyager vers une époque révolue, où les pantalons à pattes d’éléphant et les chemises à fleurs étaient encore à la mode. Le film est une ode à la mélancolie. Il est le reflet des années qui s’envolent, du monde qui change, et des irréductibles vivants qui tentent encore de résister à un monde où se parler face à face au restaurant est devenue chose rare. Par sa réalisation, Nicolas Bedos fait scintiller les yeux des enfants et offre un regain de jeunesse aux adultes d’aujourd’hui. Le film est une douce représentation du temps qui passe et des blessures qui l’accompagnent. Visuellement, les époques sont parfaitement reconstituées, en passant du 17e jusqu’au 20e siècle, avec un point d’honneur sur les années 1970, si chères au réalisateur. Le tout est rythmé par une musique sciemment choisie qui plonge pleinement l’auditoire dans cette aventure inédite.

Une originalité déconcertante

L’imagination dont a fait preuve le réalisateur pour réaliser ce projet démontre sa très grande passion pour le sujet. Nicolas Bedos nous offre la mélancolie qu’on lui connait, avec des traits d’humour qui font sourire et parfois rire, sans tomber dans une lourdeur déplacée. Les dialogues sont joliment ficelés et chaque phrase est réfléchie et pensée. Le film est une bouffée d’oxygène qui nous sort d’un 21e siècle morose et uniforme.

La distribution est déroutante tant les acteurs et actrices interprètent avec passion leurs rôles. Fanny Ardant est envoutante dans son rôle de femme hyperconnectée et Daniel Auteuil est touchant dans sa prestation, incarnant le personnage de Victor avec délicatesse et bienveillance. Doria Tillier nous hypnotise par sa sincérité et Guillaume Canet est convaincant en metteur en scène bipolaire, chef d’orchestre de ces expériences inédites jonglant entre scènes de la vie réelle et reconstitution des moments demandés.

Entre charme et fantaisie

Même si le film connaît d’infimes moments de longueur, ces derniers sont noyés par la délicatesse du propos. La Belle Époque offre une telle représentation de la mélancolie et une si douce leçon d’amour entre deux personnages qui vieillissent sans vouloir vraiment l’accepter qu’il serait difficile de ne pas tomber sous le charme du propos. Nicolas Bedos signe un film d’auteur, certes, mais qui se veut également populaire. Partant d’une rupture amoureuse ponctuée par des scènes loufoques et extravagantes, cette comédie romantique fantaisiste nous lie d’amitié avec ces personnages tout en nous rappelant que le temps passe et ne s’arrête pas.

La Belle Époque de Nicolas Bedos sortira le 13 décembre au Québec.

 
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