Ces femmes que l’on nomme enfin – Le Délit
Ces femmes que l’on nomme enfin
Par · 12 février 2019
La Bibliothèque de Jonquière sera rebaptisée Hélène Pedneault.
Image par Béatrice Malleret | Le Délit

Le 1er février dernier, la ville de Jonquière a annoncé que sa bibliothèque municipale serait rebaptisée, afin de porter le nom d’une grande dame ayant vu le jour dans son centre-ville : Hélène Pedneault. Cette recommandation, soumise pour une première fois en 2014, avait été  présentée par un groupe d’artistes qui souhaitaient rendre hommage à l’artiste féministe et militante décédée en 2008.

La mairesse de Saguenay, Josée Néron, a offert à cette demande une plus grande réceptivité que ne l’avait fait son prédécesseur Jean Tremblay, n’ayant pas souhaité de son côté, créer une politique pour la nomination des lieux publics. Rappelons que la bibliothèque de Jonquière sera la première sur le territoire du Saguenay à s’identifier au nom d’une artiste.

Une reconnaissance importante

Le nom d’Hélène Pedneault, connu partout à travers le Québec, est celui d’une femme écrivaine, journaliste, chroniqueuse, scénariste et activiste. Si l’on fait référence surtout à Hélène Pedneault comme une des figures marquantes du mouvement féministe au Québec, son parcours est d’autant plus élogieux lorsqu’on considère la place qu’elle a su se faire en tant que femme artiste dans un Québec patriarcal.

C’est effectivement dans la ville de Jonquière qu’a débuté sa carrière. Diplômée du cégep de la région en études littéraires, elle surprend  par l’audace de sa plume dans les Chroniques délinquantes, publiées d’abord dans le magazine féministe La Vie en Rose. Ses textes sont mordants, crus, et déjà, la jeune Pedneault ne laisse pas sa place. Au cours de sa carrière, elle écrira de nombreux éditoriaux pour Radio-Canada, signera deux biographies, composera des paroles de chansons, tout cela en plus d’écrire pour le théâtre et de produire plusieurs séries télévisées.

Féminisme et militantisme

Pour son amie Francine Pelletier, Hélène Pedneault était une « perpétuelle indignée », qui a su prendre part aux grands combats de son temps. Véritable modèle pour les futures générations de femmes, elle avait cette capacité à rassembler les gens et à mettre sur papier la colère et l’insuffisance qui l’habitaient.

Si elle se considère d’abord elle-même comme écrivaine, elle n’exerce ce métier qu’en parallèle des trois grandes causes qui dictent sa vie : le féminisme, l’environnement et l’indépendance. Cofondatrice de la coalition Eau Secours et du Conseil de la souveraineté du Québec, ses engagements politiques et sociaux auront tôt fait de la désigner comme une pionnière du mouvement féministe au Québec.

Reconnaître nos femmes

L’importance d’Hélène Pedneault dans le paysage culturel et social québécois ne se dément pas. Ces femmes engagées, marquantes et imposantes, sont pourtant nombreuses au Québec. Leur reconnaissance, elle, l’est un peu moins. Comment expliquer que les Lea Roback, les Madeleine Parent et les Idola Saint-Jean, pour ne nommer que celles-là, qui ont su transformer le Québec de demain, sont bien souvent laissées dans l’ombre de la sphère publique? Et cela alors que les rues de Montréal abritent des noms, toujours inchangés, rappelons-le, comme celui du général Amherst, responsable de l’extermination d’Autochtones à l’époque du colonialisme britannique?

Les noms que l’on donne à nos institutions ne sont pas anodins. La reconnaissance du rôle des femmes dans la société en dit long sur cette dernière. Elle témoigne d’un sexisme insidieux, d’un patriarcat qui préfère préconiser des héros immoraux plutôt que la force de ses femmes. C’est pour cette lutte que militait à l’époque Hélène Pedneault.

La Bibliothèque qui portera bientôt son nom constitue un pas en avant pour la place des femmes dans la société québécoise. Les militantes ont toutefois encore bien du chemin à faire en ce qui concerne la défense des droits des femmes. La sous-représentation n’en est qu’un exemple. Puis, à quand une reconnaissance des femmes racisées, autochtones, musulmanes, handicapées au Québec? À quand une reconnaissance at large, qui cesse de reproduire les mêmes scénarios machistes et intolérants envers les marginalisé·e·s?

 
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