Un pipeline au Saguenay? – Le Délit
Un pipeline au Saguenay?
Par · 22 janvier 2019
Une entreprise québécoise veut exporter le gaz naturel albertain.
Image par Mahaut Engérant | Le Délit

Bien qu’il ait fermé, en décembre, la porte à une éventuelle relance du projet Énergie Est, François Legault s’est montré ouvert à autoriser un nouveau projet privé de gazoduc passant par la province. Le projet « Gazoduq », mis de l’avant par le groupe GNL Québec, prévoit la construction d’un conduit de plus de 750 kilomètres reliant le nord-est de l’Ontario au Saguenay-Lac-Saint-Jean. L’ouvrage approvisionnerait en gaz naturel provenant de l’Alberta une usine de liquéfaction du gaz, également détenue par GNL Québec. Le produit final, destiné à l’exportation, serait ensuite acheminé vers un nouveau terminal maritime à Tadoussac.

Contrairement à l’entreprise derrière Énergie Est, TransCanada, qui avait longtemps refusé à la province le droit d’évaluer son projet, GNL Québec a volontairement proposé de faire évaluer son projet par le BAPE, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. Par ailleurs, contrairement au projet Énergie Est dont l’approbation dépendait seulement du gouvernement fédéral, il sera possible pour Québec de refuser le projet. François Legault a déjà affirmé en décembre que le projet lui semblait « intéressant ».

Du mal à passer

On peut se demander si après l’épisode d’Énergie Est, les Québécois·es seront prêt·e·s à accepter qu’un pipeline passe sur leur territoire. GNL Québec s’est posé la question et a commandé à une firme de relations publiques une analyse constituée entre autres d’un sondage qui a conclu que, sans détailler le projet, une majorité de Québécois·es était défavorable à l’idée de construire un gazoduc au Québec. Dans un rapport obtenu par le journal Le Devoir, la firme de relations publiques indique comment GNL Québec devrait présenter son projet pour qu’il passe mieux dans l’opinion publique. Il propose plus précisément de vanter les supposés mérites environnementaux et économiques qu’entraînerait la construction du gazoduc.

Dans une publicité diffusée suite à l’annonce du projet, GNL Québec présente le gaz naturel qui sera transporté dans le gazoduc sous forme liquéfiée, comme une substance sans danger pour l’environnement et comme une alternative écologique aux autres énergies fossiles. La publicité affirme même que le projet contribuera à réduire le réchauffement climatique. Dans les faits, il est vrai que le gaz naturel liquéfié est beaucoup moins dommageable pour l’environnement en cas de déversement que le pétrole. Toutefois, des biologistes ont souligné que le procédé par lequel ce gaz naturel sera obtenu en Alberta, la fracturation hydraulique, est extrêmement dommageable pour l’environnement, car il dégage une grande quantité de méthane, un puissant gaz à effet de serre. De plus, l’impact qu’aura le nouveau terminal maritime de Tadoussac sur la faune marine du Saint-Laurent, notamment sur la population de bélugas, est lui aussi pointé du doigt. Rappelons qu’un projet similaire, le terminal d’Énergie Est à Cacouna, avait été annulé à la suite d’une forte médiatisation.

L’Assemblée nationale divisée

La Coalition Avenir Québec (CAQ) et le premier ministre Legault se sont déjà montrés plutôt favorables au projet. Le Parti québécois (PQ) s’est montré ouvert au projet, jugeant qu’il s’agissait d’une meilleure alternative que le charbon ou le mazout actuellement utilisés en Europe, mais a toutefois émis des réserves sur l’origine du gaz transporté. Québec solidaire (QS) s’est prononcé contre le projet sous toutes ses formes, tandis que le Parti libéral du Québec (PLQ) est quant à lui demeuré silencieux.

Les trois partis d’opposition se sont toutefois rejoints cette semaine pour réclamer que l’enquête menée par le BAPE concerne les répercussions environnementales de tous les aspects du projet, y compris les émissions de gaz à effet de serre provoquées par l’extraction en Alberta. Après avoir annoncé par erreur qu’il allait évaluer le projet de cette façon, le ministre de l’Environnement Bertrand Charrette a finalement statué que aspect serait évalué séparément. Le projet Gazoduq reste donc sur la table : ce sera à François Legault de décider s’il va de l’avant.

 
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