Le stoïcisme en hiver – Le Délit
Le stoïcisme en hiver
Par · 26 novembre 2018
Retour sur une conférence d’Anna-Christine Corbeil à l’UPop.
Image par Prune Engérant

L’université populaire de Montréal ou UPop est une association à but non lucratif inspirée du mouvement alternatif des universités populaires européennes. Elle organise des conférences et crée un lieu de rencontre, de réflexion et de partage. Sa dernière série de cours porte sur les différentes philosophies antiques, dont le stoïcisme. Retour sur une conférence.

Le stoïcisme est une école de pensée fondée par Zénon, reprise par Épictète, développée par Sénèque et popularisée par Marc Aurèle sous ce qui fut nommé le « stoïcisme impérial », en référence à la période de l’Empire romain. Ces penseurs partent de trois postulats : il n’y a pas de vie après la mort, la vie est prédéterminée et le bonheur (eudaimonia) est atteignable. Pour atteindre ce bonheur tant recherché par nous tous humains, il faut être libre  ; or, la liberté commence, pour les stoïciens, dès l’instant où l’on ne dépend plus de ce qui ne dépend pas de nous. Les stoïciens pensent que le monde n’est autre qu’un gigantesque réseau complexe de causes et d’effets qu’ils appellent le logos. Ils remarquent également que les humains n’ont pas — ou très peu — d’influence sur celui-ci. En effet, j’ai beau avoir envie que la température moyenne de l’hiver soit de 25 °C à Montréal, je ne pourrai pas influencer le fait que cet hiver, il sera froid!

Cependant, même si l’on n’a pas toujours le contrôle sur les évènements qui nous affectent, nous avons le contrôle sur la manière par laquelle nous réagissons à ces évènements. Le stoïcisme nous conseille ainsi de ne pas nous laisser influencer négativement par ce qui est prévisible par la raison. Épictète écrivait ceci : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses. Ainsi la mort n’est rien de redoutable […] mais le jugement que nous portons sur la mort en la déclarant redoutable, c’est là ce qui est re- doutable ».

Notons que, pour la philosophie stoïcienne, le développement personnel n’est pas une fin en soi, mais plutôt le premier pas pour devenir un bon citoyen. En plus d’être continent face au logos, il faut cultiver quatre vertus fondamentales : la sagesse, la tempérance, la justice et le courage. Un bon citoyen stoïcien n’est pas passif comme beaucoup le pensent, bien au contraire même. Il encourage chaque individu à cultiver ses vertus et le contrôle de soi afin que chacun puisse apporter un changement positif à sa communauté.

À l’heure où les crises se multipleint, le stoïcisme apporte un modèle de spiritualité libre. Les stoïciens s’efforcent d’acquérir l’autonomie morale à travers l’ascèse qui libèrera l’homme de ses passions négatives. On peut même retrouver cette philosophie stoïcienne dans de nombreux milieux, que ce soit en psychologie, dans les théories du développement personnel, ou encore dans la culture populaire lorsque l’on conseille à un ami de s’attendre au pire afin de ne pas être déçu. De quoi nous amener à méditer en cette époque prompte à l’hyper-réaction.

 
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