La CAQ, un populisme allégé – Le Délit
La CAQ, un populisme allégé
Par · 16 octobre 2018
Chaque semaine, Le Délit analyse un aspect de la politique québécoise.
Image par Mahaut Engérant

Peu importe ce que l’on pense du programme de la Coalition avenir Québec (CAQ), ce serait un raccourci intellectuel que de classer inconditionnellement le parti de François Legault dans le même panier que les formations populistes qui fleurissent un peu partout en Occident. Si la CAQ partage plusieurs points en commun avec ces formations opportunistes, elle en diverge sur plusieurs autres de manière fondamentale.

Le programme du parti

Les populistes semblent être avant tout des politiciens qui profitent de la crédulité et du désintérêt politique des électeurs pour aller chercher des votes. Ils se présentent en champions du « peuple » en pointant, parfois avec justesse, les problèmes du système actuel et en blâmant à tort et à travers la mauvaise volonté ou l’incompétence des autorités traditionnelles.

Eux proposent des solutions magiques, simples et faciles à retenir pour l’électeur non politisé face à des problèmes très complexes que des administrateurs compétents ont souvent essayé de régler pendant des années. Par exemple, construire un mur pour résoudre le problème de l’immigration illégale. Sur ce point, il faut reprocher à la Coalition avenir Québec d’avoir tenté de séduire l’électeur non politisé avec des propositions accrocheuses mais dont la réelle portée a été critiquée par une majorité d’experts, comme le troisième lien à Québec ou la maternelle à quatre ans. Néanmoins, à la différence d’un Donald Trump ou d’un Doug Ford, François Legault a fait l’effort de bâtir un programme somme toute crédible qui a su passer le test des journalistes. Le chef de la CAQ a aussi misé sur une équipe d’administrateurs compétents plutôt que de seulement recruter des candidats susceptibles de lui donner une bonne image chez l’électeur non politisé, comme des sportifs ou des artistes engagés.

La communication du parti

On a souvent observé dans les dernières années des populistes faisant campagne en multipliant les frasques et les remarques exagérées, suscitant le débat et attirant l’attention médiatique sur eux. Peu importe qu’ils mentent ou que les solutions qu’ils proposent soient irréalistes, à force d’apparaître plus souvent que les autres dans les médias, ceux-ci finissent ainsi par apparaître comme la seule alternative crédible au gouvernement.

Par exemple, lors de l’élection présidentielle américaine de 2016, Donald Trump avait réussi, à coup de grossièretés et de fausses déclarations, à obtenir une couverture médiatique démesurément plus grande que celle des autres candidats républicains et d’Hillary Clinton. François Legault, cette année, a fait campagne de manière plutôt traditionnelle, cherchant à éviter les polémiques. À part quelques bourdes de préparation, il n’a pas tenu de propos qui ont suscité le scandale sur la scène médiatique québécoise.

Enfin, François Legault n’a pas beaucoup utilisé les deux leviers favoris des politiciens populistes : la peur des minorités et la méfiance envers les élites. Bien sûr, le chef de la CAQ comptait probablement sur l’appui des Québécois moins ouverts aux minorités lorsqu’il a fait ses controversées promesses sur la réduction des seuils d’immigration et sur la laïcité. Cependant, même lorsqu’il parlait de la réduction de l’immigration, il n’a jamais cherché à diaboliser ou à présenter les minorités comme une menace, ce que plusieurs formations font pour mousser leurs appuis. Il n’a pas non plus, pendant sa campagne, tenté de diaboliser ou de prêter des intentions malhonnêtes à ses adversaires ou aux médias. François Legault n’a pas non plus tenté de se présenter comme un anti-politicien.

Néanmoins, la Coalition avenir Québec présente certainement une part de populisme. Elle a été élue sur la base d’un programme très électoraliste, comportant beaucoup de promesses alléchantes et peu d’innovations concrètes. En outre, elle a essentiellement été portée au pouvoir par le désir de changement à tout prix, le même qui pousse les électeurs à ne plus voter pour les partis traditionnels.

 
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