Attention à la bordure du quai
28 novembre 2017 - Image par Hubert Caron Guay Film du 3 mars
Destierros explore la violence de la migration en Amérique centrale.

Une gare, en Amérique centrale. Les trains se succèdent. Des hommes y montent, d’autres restent sur le quai en attendant le prochain passage. Dans le cadre des Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal (RIDM), Hubert Caron-Guay a présenté son film, Destierros, en compétition nationale longs métrages. Le documentaire embarque le spectateur dans le voyage de migrants sud-américains tentant de rejoindre la frontière américaine, à pied ou sur les trains de marchandise reliant le Mexique aux Etats-Unis. La plupart sont guatémaltèques, mexicains et honduriens, fuyant les maras (gang armés, ndlr), la violence institutionnelle ou des conditions d’existence extrêmement précaires. Destierros immerge le spectateur dans cette expérience de la traversée, permettant de mieux comprendre les motivations des hommes et des femmes prenant part à ce voyage, souvent au péril de leur vie et de celle de leur famille.

La volonté d’Hubert Caron-Guay de réaliser ce documentaire est née de son expérience dans les refuges qui accueillent des migrants, jalonnant leur parcours jusqu’à la frontière américaine. L’équipe de réalisation de Destierros ne s’est composée que de deux personnes, permettant au réalisateur de créer une véritable intimité avec les personnes rencontrées et interrogées au cours du tournage. Cette proximité transparaît dans les nombreux témoignages intimes qui ponctuent le film, succédant aux séquences de déplacement.

Touchant sans être voyeuriste

Accompagnant des migrants dans les refuges, attendant le passage du train sur une bordure de quai, fuyant avec eux la police migratoire, Hubert Caron-Guay a également documenté leur expérience concrète de marche vers le nord, sans pour autant monter dans le train. Au cours de la discussion suivant la projection du documentaire, Hubert Caron-Guay expliquait n’avoir pas voulu filmer cette étape, d’une part en raison de sa dangerosité, mais également en raison de sa conscience d’avoir le privilège de disposer du visa que ces hommes et femmes désirent et ne peuvent avoir, ne le contraignant pas à effectuer ce voyage périlleux, dernier recours des protagonistes du film.

L’alternance entre récits personnels et observat ê ion des conditions matérielles du voyage permet au réalisateur d’illustrer la violence psychologique à l’œuvre derrière cette migration et d’humaniser les personnes qui y prennent part. Les hommes et les femmes qui se succèdent devant la caméra retracent leurs parcours personnels, leurs expériences de la violence, mais aussi leurs espoirs quant à ce voyage vers le nord souvent effectué à plusieurs reprises sans succès. Seuls leurs visages éclairés apparaissent à l’écran, le reste de leur corps étant plongé dans le noir. Ce jeu sur la lumière parcourt le film, permettant au réalisateur d’illustrer visuellement la tension entre les aspirations des migrants et l’intensité de la violence vécue.

Destierros parvient à montrer la brutalité de l’exil, l’incertitude qui l’habite et les aspirations qui l’animent. Hubert Caron-Guay signe un documentaire émouvant et éloquent. Par un tour de force cinématographique, Destierros redonne la parole à ces hommes et ces femmes souvent invoqués dans les débats publics nord-américains relatifs à la migration,mais jamais réellement écoutés.

 
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