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31 octobre 2017 - Image par Mahaut Engérant

«Moins on se connaît, mieux on se porte», écrivait Clément Rosset dans son ouvrage Loin de moi, défendant la thèse selon laquelle la recherche obsessive d’une identité bien définie nuit à la poésie de l’existence. L’idée d’une identité figée peut, sans conteste, être nocive à l’épanouissement personnel. Elle soumet le rapport à soi-même à une image prédéfinie, gêne tout changement, paralyse toute redéfinition de soi. Elle restreint l’identité en lui donnant l’apparence d’une complétude. Cette édition spéciale, au contraire, s’attache à déchiffrer ces différentes facettes, cette mosaïque complexe qui forme notre rapport unique au monde.

La période universitaire, cette arrivée dans un nouvel univers culturel et académique, est propice à la redéfinition de son identité. L’arrivée à McGill, une institution qui se distingue par l’origine diverse de ses membres, peut être synonyme d’un nouveau départ pour l’étudiant de première année en quête de renaissance. C’est une période charnière durant laquelle chacun a l’opportunité de s’émanciper du moule de l’adolescence, de laisser derrière soi le spectre des études secondaires pour mieux définir son futur.

Quid de l’identité?

Sommes-nous agents ou produits de notre identité? À quel point la dessinons-nous? Dans quelle mesure nous définit-elle? Cette question se pose de manière particulièrement forte pour les étudiants que nous sommes: encore dans les limbes universitaires, piégés dans cette période stationnaire entre le confort du nid familial et l’entrée (toujours retardée) dans le monde «adulte». Entre les périodes de révision à McLennan et les escapades nocturnes sur Saint-Laurent, nombre d’entre nous vont faire des choix décisifs, ou du moins formateurs. Que choisir d’étudier? Faut-il rejoindre Conservative McGill, ou écrire pour nos confrères du McGill Daily? Devenir militant de Divest McGill ou v.-p. Événements de la Management Undergraduate Society? Franc-Jeu, ou le club de taillage de silex (oui, ça existe)? Ces choix s’entremêlent avec nos identités intimes, qu’elles soient raciales, genrées, sexuelles, ou de classe, qui précèdent parfois nos débuts sur la scène universitaire et auxquelles le regard des autres nous limite souvent.

Une identité multiforme 

Penser le monde sous l’angle de l’identité peut en effet nous amener à succomber à la tentation de classer les individus selon des catégories prédéfinies, à les enfermer dans des cases. Les articles présentés dans cette édition spéciale montrent les limites de cette approche. Nos contributeurs explorent les influences multiples qui composent l’identité. Elle n’est jamais unique, mais se nourrit plutôt de ses multiples influences. Semblable à une matière cosmique en fusion, sa seule constante est sa transformation. 

L’immensité qui réside en chacun de nous doit trouver sa place au sein de villes comme Montréal, où la catégorisation du soi et de l’autre semble parfois inévitable. À travers la métropole, de multiples identités entrent en collision chaque jour, finissant soit par fusionner, soit par adopter des trajectoires opposées. L’actualité récente n’en est que l’exemple: la loi 62 a récemment réveillé les tensions autour de l’identité religieuse au Québec, confrontant la province aux enjeux grandissants du vivre-ensemble. Comment accommoder cette complexité dans cette province francophone, dont la réputation de terre-refuge se heurte parfois à une réalité moins reluisante ?

Jetons les masques

Et nous voilà donc, pour la plupart, voguant, enchevêtrés entre plusieurs identités culturelles. Plusieurs nationalités, plusieurs cercles de connaissance, parfois à cheval entre le réel et le virtuel. Aujourd’hui 31 octobre, jour d’Halloween, nous nous déguisons, en masquant ou en dévoilant encore un autre petit bout de nous-même. Le déguisement nous procure une échappatoire, une page vierge pour nous repenser. Nous repartons vers un nouveau voyage identitaire. Bonne lecture!

 
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