Le principe du pull out
2 juin 2017 - Image par Mahaut Engérant
De l’incompétence gouvernementale et autres méthodes de contraception intellectuelle.

On peut traduire «pull out» par «se retirer», au sens de quitter un lieu, un groupe. Lorsqu’un ami te dit qu’il va se retirer pour aller se coucher, il implique qu’il ne veut plus te voir et préfère le confort de son petit monde. Sous-entendu pour son lit et la nouvelle saison de House of Cards.

Le terme pull out réfère aussi à une méthode contraceptive dans laquelle l’homme «se retire» du sexe de sa partenaire avant l’éjaculation, évitant ainsi de devoir endurer une éventuelle progéniture pour les 18 prochaines années. Le défaut de cette pratique : elle ne constitue en rien un moyen de protection efficace…

Prenons maintenant un exemple hypothétique : le président d’un des pays les plus puissants mondialement, le genre d’individu qui pourrait tweeter un soir «Despite the negative press covfefe». Demandons-lui de se prononcer sur le premier accord mondial sur le climat, accord qui viserait à minimiser l’impact des gaz à effet de serre afin de contenir le réchauffement climatique.

Maintenant, analysons ce qui se produit lorsque ledit président décide de se pull out de l’accord mondial sur le climat signé par 195 pays. L’homme d’affaires – car, bien évidemment, seul un homme d’affaires peut se permettre de mettre en danger la planète pour quelques dollars – se mettrait à dos tout l’Europe, envenimant des relations déjà tendues. «Le moment où nous pouvions compter sur les autres pays est, dans une certaine mesure, fini» s’exclamerait à ce sujet une chancelière, devant une foule ramassée pour un événement brassicole. Ce à quoi il répondrait très certainement, dans sa roseraie devant un public avachi et partiellement lobotomisé en complet-cravate, que «cet accord place son pays dans un sérieux désavantage», que «personne ne s’inquiète de l’environnement comme il le fait » et que « cet accord n’est pas une question d’environnement, mais de contrôle de son pays par des forces extérieures.» En somme, que le retrait de l’accord panserait la «large blessure économique dont souffre son pays». Comme un prépubère qui s’enferme dans sa chambre pour prouver à ses parents qu’il a le contrôle sur sa vie, sauf que l’ado aurait soixante-dix ans et que sa chambre serait un immense manoir en Floride. Le réchauffement climatique, ça fait de belles pelouses, non?

Si on se tourne vers l’analogie sexuelle, peut-être douteuse j’en conviens, force est de constater que son pull out n’empêcherait pas la lutte contre le charbon. Au contraire, des compagnies bien installées dans son hypothétique pays lui ferait volte face et n’embarquerait pas dans son jeu. Les grands conglomérats de l’électricité et le grand méchant loup de l’agrochimie s’engageraient à réduire leur impact écologique. Même les compagnies pétrolières imploreraient ce président de ne pas quitter l’accord mondial sur le climat. «J’ai été élu pour représenter les habitants de Pittsburgh, pas de Paris», se bornerait-il à dire, totalement inconscient que non seulement les gens de Pittsburgh, mais de partout au pays, s’opposeraient à ce retrait. Et comme un adolescent qui cherche à montrer sa virilité en retenant son orgasme jusqu’à la dernière minute, «le retrait constitue une réaffirmation de [sa] souveraineté» et de son contrôle sur son corps (politique).

 
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