Chroniques d’une étoile de mer
14 février 2017 - Image par Mahaut Engérant
Faire descendre le Sexe de son piédestal

Pour des raisons liées à ma réputation et aux déjà – trop – grand nombre de mes articles portant sur ce marronnier qu’est le sexe, j’écrirai sous mon nom officiel de rappeuse. Bien plus que mon identité, mon propos sera transparent et direct: notre société nous survend le sexe. Nous sommes aujourd’hui victimes d’une pression sociale qui nous pousse publiquement à convaincre notre auditoire, et souvent nous-même, que l’acte sexuel est toujours pour nous une chose extraordinaire. Libérons-nous de ce mensonge collectif, de ce diktat de la baise, et avouons-nous, mes sœurs et mes frères, que le sexe peut être sympathique, parfois phénoménal mais, ma foi, aussi fatiguant et souvent décevant.

Les vierges trompées

Cher lecteur, pour mieux défendre mon argument, je suivrai les conseils des plus grands princes de la rhétoriques (Castiglione si tu m’entends, cœur sur toi) et je l’illustrerai avec un conte personnel: il y a deux printemps, lors d’un après-midi de procrastination intense, dans un quartier «qui monte» d’Amsterdam, je m’attelais à répondre à des dizaines de tests Buzzfeed, car quelqu’un m’avait dit «connais-toi toi-même». L’un de ces tests proposait de deviner l’âge de ma «perte de virginité» à partir de mes goûts musicaux. Ambitieux quand on connait mon amour pour Britney. Réponse C «Groovy», réponse A «When I’m drunk», réponse D  «Timberlake»… Dernière question: «Préfèreriez-vous vivre à jamais sans musique ou sans sexe?». Coup d’œil de ma colocataire sur mon écran d’ordinateur. Pression sociale. J’ai répondu ne pas pouvoir me passer de sexe. Mensonge sous influence extérieure. Buzzfeed m’a alors annoncé que j’étais «encore vierge». Malheureusement, à l’époque déjà, mon prix en chameaux avait bien baissé niveau «pureté immaculée»; ou, pour reprendre l’euphémisme de mon futur biographe, j’avais déjà «collectionné les amants». Mais BuzzFeed soulevait un point intéressant: décider de plaquer la chanson française, le gros son de club, le Barry White du matin et la musique d’ascenseur pour les paris à l’orgasme, c’est penser comme une vierge idéaliste…Une vierge qui ne sait pas encore.

Plutôt «Netflix» que «and chill»

Ceci n’est pas la chronique d’une mal baisée, mais bien d’une honnête femme. Je ne viens pas ici vous écrire un pamphlet engagé pour l’abolition de vos vies sexuelles. Ça n’arrivera pas, vous êtes des animaux, vous continuerez à vous monter dessus. Ça n’arrivera pas, nous sommes des amoureux, nous continuerons à faire déraper notre tendresse. Ça n’arrivera pas, pour le bien de l’espèce. Ce que je souhaite juste c’est mettre en lumière cette pression sociale qui nous pousse à crier à tue-tête que le sexe «c’est quand même la chose la plus cool du monde omg» (malhonnêteté suprême pour quiconque a déjà gouté une poutine goût mac&cheese). Dans notre monde de performance, la sexualité est devenue un critère de reconnaissance sociale qui nous entraîne à mentir pour ne pas paraître moins érotiques que nos pairs, et qui nous force à couiner faussement pour ne pas sembler frigide au lit. Les rapports sexuels peuvent évidemment être une source de jouissance considérable et aux effets parfois mystiques, je vous l’admets avec plaisir, on ne s’est pas foutu de vous à ce point-là non plus… Cependant, placer le plaisir sexuel au plus haut point du panthéon des passions humaines tend à le transformer en un graal inatteignable, en une utopie éreintante.

À s’essouffler insatiablement pour l’atteindre on omet de se satisfaire du chemin qui y mène. Philosophique n’est-ce pas? Comme me l’a dit un de mes vieux amis, dans un élan de sagesse entre son sixième et son septième litre de bière, «c’est du sexe, c’est fun, c’est tout, enjoy it and don’t take it too seriously». Alors, avouons-le-nous, il n’y avait pas de quoi en faire une édition spéciale. 

 
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