Entre forum et parti politique
4 octobre 2016 - Image par Mahaut Engérant
Gabriel Nadeau-Dubois lance son mouvement politique «Faut qu’on se parle».

Ceux qui ont participé aux grèves étudiantes de 2012 connaissent Gabriel Nadeau-Dubois. Militant de longue date, c’est à cette occasion qu’il s’était fait connaître du grand public, en tant que porte-parole de la Coalition large de l’association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE). Il était alors devenu une des figures principales du mouvement, accordant des entrevues à gogo, participant à toutes les manifestations, et chantant les louanges de la «mobilisation concrète» comme seul moyen de faire bouger les choses. «Plus je fréquente le milieu de la politique partisane et plus ça me décourage de m’impliquer un jour» expliquait-il à La Presse en mars 2012. Ce n’est pourtant pas au piquet de grève qu’on le retrouve aujourd’hui.

À la Maison du développement durable de Montréal, Nadeau-Dubois a réuni le 28 septembre la presse et des intéressés pour lancer le nouveau mouvement, «Faut qu’on se parle», auquel il est associé. Celui-ci regroupe des noms connus tel que l’urgentologue Alain Vadeboncoeur ou Jean-Martin Aussant, l’ancien chef d’Option nationale (un défunt parti québécois, indépendantiste et progressiste, ndlr).

Une démarche participative

La démarche prend racine dans une observation simple: le Québec peine à aller de l’avant et la population québécoise n’est que très peu consultée sur les enjeux qui comptent aujourd’hui. La politique tend à rester dans les sphères partisanes, et à s’imposer toute-faite à la population dans un mouvement descendant. Pour remettre le peuple au centre du processus politique, il faut donc aller à sa rencontre, l’écouter, apprendre de lui. «Faut qu’on se parle» adopte donc deux angles d’attaque: d’une part l’organisation de grandes consultations publiques, où la participation du public est encouragée et facilitée grâce à une application. Par ailleurs, Nadeau-Dubois et sa bande souhaitent se faire inviter dans votre cuisine, afin de parler de politique «au sens large du mot». Parallèlement, le site internet du mouvement permet à chacun de répondre à sa manière à dix questions, posées chacune suite à l’exposé de trois «constats» particuliers.

Les sujets abordés sont aussi importants qu’ils sont divers. Démocratie, économie, indépendance, éducation ou encore culture, le mouvement souhaite visiblement engager une discussion d’ensemble. Il ne s’agit donc pas d’un groupe spécialisé comme ceux que Gabriel Nadeau-Dubois a pu côtoyer lors des grèves étudiantes, mais d’un réel rassemblement qui vise à toucher à toutes les facettes de la société.

Oui mais…

Si on peut saluer une initiative qui vise à aller à la rencontre du peuple, on peut néanmoins s’interroger sur l’aboutissement de la démarche. En effet, pour l’instant, il semblerait que l’organisation va se retrouver avec une somme importante d’opinions, intéressantes certes, mais certainement divergentes, sans vraiment de méthode concrète pour former un tout cohérent. Quel est le but de cette recherche? Comprendre la tendance idéologique actuelle du Québec? Construire une plate-forme? Convaincre les participants?

D’ailleurs, s’il s’agit de convaincre, de quoi convaincrait-on? Bien que les membres aient tous un penchant plutôt progressiste et souverainiste, l’organisation n’a pas de tendance affichée. Or, les mouvements «ni de droite, ni de gauche» peuvent intéresser, mais peinent à formuler de réelles propositions. Sans socle idéologique, à partir de quoi peut-on construire un programme? Renaud Poirier St-Pierre, responsable des communications du mouvement, explique qu’ils se ne revendiquent d’aucune tendance idéologique. «Nous sommes ouverts à la discussion» explique-t-il. Ainsi, la première vocation de «Faut qu’on se parle» est de «dresser un bilan» en se confrontant aux réalités du terrain.

Laissons-leur une chance

Bien sûr, cela ne veut pas dire que quelque chose ne peut pas se construire par la suite. Cependant le contact avec le peuple ne peut pas être une fin en soi. Aujourd’hui, «Faut qu’on se parle» semble encore au stade embryonnaire et Poirier St-Pierre (le responsable des communications, ndlr) assure que la question de se présenter aux élections n’a pas été abordée par les organisateurs. On peut du coup questionner l’utilité de participer à ce mouvement. 

 
Sur le même sujet:
20 septembre 2016
6 novembre 2012