La santé au privé, les syndicats sur le pavé
8 février 2016
La réponse aux réformes et à la promotion du secteur privé.

Le colloque «Santé Au Pluriel» s’est tenu le 4 février 2016 à HEC Montréal à l’issue d’une recherche-action sur la collaboration de cinq entreprises privées et du secteur public dans le domaine de la santé. Ce colloque avait pour but de promouvoir le secteur privé et d’organiser un dialogue avec le système public concernant les résultats de la recherche mentionnée.

Il s’inscrit dans la volonté du ministre de la Santé du Québec Gaétan Barette de réformer le système de santé québécois.  M. Barrette a en effet déposé le 25 septembre 2014 un projet de loi qui vise à centraliser ce secteur, première réforme avant une possible privatisation.  En réplique, une manifestation contre cette conférence et ce projet de loi fut organisée la même journée en face du bâtiment où se tenait cette réunion.

Historique du système de santé

Afin de mieux comprendre les différents enjeux, il apparaît nécessaire et intéressant de rappeler que le caractère public du système de santé québécois est le fruit d’un long processus. Les principaux hôpitaux de la province ont d’abord été gérés par des institutions religieuses jusqu’en 1959, et ce depuis la fondation de l’Hôtel-Dieu de Québec en 1639. Cependant, en 1961 arrive la première réforme de santé organisée par la province: l’assurance hospitalisation, qui rembourse le patient en cas d’opération. Le Québec continue son avancée dans le secteur public avec l’assurance maladie en 1970, et l’introduction de la fameuse «carte soleil», qui rembourse les consultations. En 1997, l’assurance médicaments fait son entrée dans le système de santé québécois. Celui-ci est donc public: la gouvernement québécois est le principal administrateur des réseaux hospitaliers et le principal assureur des patients.

Fusion de l’administration

M. Barrette a en effet déposé le 25 septembre 2014 un projet de loi destinant le réseau de santé du Québec à être géré par un unique Conseil intégré de santé et de services sociaux (CISSS) par région administrative. Ces CISSS seraient issus d’une fusion des systèmes administratifs des différents établissements publics, jusque là indépendants. L’objectif est de  mettre tous les établissements sous la même direction, pour en faciliter la gestion. Cette nouvelle organisation serait par ailleurs bénéfique au patient, soutient le ministre, car elle faciliterait la prise en charge et le suivi de celui-ci, grâce au système administratif commun. Il a de même affirmé que ce système permettrait de dégager près de 220 millions de dollars par an, avec la suppression de 1 300 postes de cadres et de gestionnaires. Cette réforme affecterait donc plus les salariés chargés de l’administration que les étudiants.

«Ce système permettrait de dégager 220 millions par an»

Néanmoins, la fusion des centres hospitaliers universitaires (CHU) est prévue dans la réforme des CISSS, la seule exception étant le CHU de Sherbrooke. Ce projet de loi a d’ailleurs provoqué la colère des syndicats du système public, tel que la FTQ (Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, ndlr) et la FIQ (Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, ndlr), qui affirment que la loi ne changera rien au suivi des patients, contrairement aux dires du ministre. Selon ces syndicats, le changement de structure ne facilitera en rien l’accessibilité aux soins ou la qualité des traitements. Ils mettent aussi en doute la marge de profits annoncée par le ministre. De plus, ce projet de loi n’est que les prémices d’un plus grand mouvement de réformes qui viserait à privatiser le système. En effet, il a été évoqué l’idée que le gouvernement ne soit plus administrateur, mais simplement vigile dans ce domaine. Il surveillerait les agissements du système privé pour garantir la sécurité de ses citoyens.

Protestations

En ce qui concerne la manifestation, une cinquantaine de personnes, agitaient une bannière «Contre la privatisation du système de santé!» signée par Médecins du Québec. On remarquera l’absence de la jeunesse, qui se sent moins concernée par ce problème.

 
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