Ouverture au débat
2 février 2016
«On ferme la porte pour se protéger de l’autre, que l’on croit nuisible.»

L’auteur de l’opinion du 10 novembre, qui avait suscité la réponse de Igor Sadikov dans nos pages la semaine dernière, a souhaité répliquer.

Je souhaite en premier lieu professer mon ignorance quant à la question du «politiquement correct», un terme dont on me reproche l’utilisation sans toutefois m’y offrir une alternative. Je suis certainement moins versé que tout collègue du Daily dans des sujets tels l’équité, l’espace sécuritaire ou la pensée RAD. Observant que de nombreux événements sur le campus sont fermés à certains, alors que d’autre sont critiqués à tort ou encore ne reçoivent pas l’attention qu’ils méritent, j’ai tenté de comprendre quel climat politique sur le campus pouvait expliquer une telle situation.

Je ne pense pas avoir réussi et avoue ne pas être convaincu de mes propos sur un sujet si délicat. Ma volonté était, indépendamment de la qualité de mon argument, de contribuer à un débat auquel on ne s’adonne peut-être pas assez. Je suis déçu de ne me voir répondre qu’une attaque ad hominem, qui s’attarde sur un mot ou une phrase, qui extrapole et déforme plutôt que d’engager la discussion.

M. Sadikov qualifie mon discours de «pernicieux» ou «trompeur», afin de délégitimer tout ce qui avait pu être écrit. À défaut d’irréprochable, j’ai pourtant été honnête. Lorsque j’ai demandé aux organisateurs d’un événement fermé à certains le pourquoi de cette exclusion, j’ai retranscrit fidèlement leur réponse (il s’agissait d’un événement de la série Trans/Formations, ouvert uniquement aux transsexuels noirs, ndlr). Et je suis sincèrement surpris lorsqu’on me réponde que sont exclus «ceux qui ont un intérêt caché à maintenir ces systèmes d’autorité et d’oppression». On ferme la porte à certains non pas pour faciliter la discussion mais pour se protéger de l’autre, que l’on croit nuisible.

Soit opprimé, soit oppresseur

Ce n’est pas l’événement que je critique mais la justification. Cette justification découle d’un raisonnement binaire dans lequel on n’est soit opprimé, soit oppresseur. C’est une logique qui ne peut, à long terme, mener qu’à la division et qui, quand poussée à l’extrême, peut aller à l’encontre des nobles objectifs de justice et d’équité poursuivis au départ.

Je suis désolé de me voir opposer une «psychanalyse de l’homme blanc», voulant interdire tout discours duquel il est absent. Je me retrouve désarmé et personnellement blessé par cet appareil de pensée dans lequel on me case. On tente de me prêter des vues discriminatoires et répressives, quand je déplore le manque d’attention apporté à certains sujets sur le campus.

Ainsi, quand j’écris «enjeux réels», je fais référence à la crise des réfugiés dont je parle au paragraphe précédent et aux cinq autres sujets d’actualité cités deux lignes en-dessous. J’indique qu’ils sont des sujets dignes d’attention, au même titre que, par exemple, la situation des transsexuels dans notre société. Je ne nie en aucun cas l’importance et le caractère réel de toute question abordée sur le campus.

Avant de me comprendre à l’envers, M. Sadikov aurait pu, dans le doute, me contacter; je lui aurais répondu avec plaisir. Il n’en a rien fait. Néanmoins, à voir mon argumentaire incompris à ce point, il me faut toutefois en reconnaître la maladresse. Un écrit clair ne saurait laisser cours à une interprétation si éloignée de son sens et de sa portée voulus. Je m’excuse de cette maladresse mais espère que l’on pourrait la dépasser, pour ouvrir un débat constructif et au lieu de se dénigrer l’un l’autre.

Quant à la défaite de M.Simakov aux éléctions de v-p interne de l’AÉUM, nulle conspiration n’en est responsable mais une «campagne du non» sans précédent et à la légalité douteuse: certains employés de l’AÉUM y ayanr participé activement. Ce rejet violent d’un candidat sérieux et motivé, et sans opposant, a mis en lumière un climat adverse à la diversité politique au sein de l’AÉUM (M.Simakov étant le chef de file des Conservateurs mcgillois).

 
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