Un fâcheux débat
22 septembre 2015
La Fed décide d’encourager la croissance.

C’est après deux longues journées de débat que le Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC, Réserve Fédérale Américaine, ndlr) a décidé, Jeudi 17 septembre dernier, de maintenir sa politique du taux d’intérêt zéro censé relancer les investissements dans un contexte économique compliqué. Cette décision a été motivée par plusieurs événements récents. La débâcle boursière du 24 août dernier, qui avait provoqué une chute de mille points en une séance de l’indice Dow Jones, ainsi que la nervosité des marchés asiatiques, ont convaincu le comité de politique monétaire de ne pas compliquer les choses et de patienter encore un peu pour opérer un resserrement monétaire. Suite à la publication de la décision de la Fed, Joseph Lake, économiste au cabinet d’analyse The Economist Unit a déclaré qu’une: «légère augmentation des taux d’intérêt de la Fed aurait conduit à une fuite des capitaux dans les marchés émergents, les investisseurs étant à la recherche de rendements meilleurs et plus sûrs aux États-Unis. Cela aurait mis la pression sur ces pays pour qu’ils augmentent leurs taux directeurs, freinant leur demande intérieure au plus mauvais moment.»

Matière à débat

La décision de la Fed de maintenir le loyer de l’argent à son niveau le plus bas (entre 0 et 0.25%) a reçu un accueil très mitigé. D’une part, de nombreux investisseurs américains ont critiqué le laxisme de la Fed en argumentant qu’il était nécessaire d’augmenter les taux d’intérêt afin de contrer une inflation dangereusement basse provoquée par la récente appréciation du dollar et la baisse du prix des matières premières. Sur le plan international, la décision a satisfait la majorité des investisseurs. En particulier, cette décision va permettre aux marchés émergents tels que les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, ndlr) de consolider leurs économies qui ont été affaiblies tout au long de cette dernière année, sans devoir se soucier de la fuite des capitaux hors de leurs territoires, chose qu’une augmentation des taux d’intérêts de la Fed aurait pu causer.

La loi du marché mondial

C’est donc le contexte international, et non pas la solidité de l’économie américaine, qui a persuadé la Fed de prolonger l’application de la même politique monétaire qu’elle mène depuis maintenant près de sept ans. Il s’agit d’une situation assez inédite dans la mesure où la banque centrale s’abstient, généralement, de commenter la situation en dehors de ses frontières. Certains, comme Robert Tipp, responsable des investissements de Prudential Fixed Income (une compagnie de gestion de revenus, ndlr) s’avancent même jusqu’à dire qu’il «y a un changement radical à la Fed: par petites touches, ils déplacent la ligne de front du combat contre l’inflation à la lutte contre les risques baissiers systémiques existants dans l’économie mondiale.»

En somme, les actions de la Fed ne sont plus aussi prévisibles qu’il y a quelques mois. Les spéculations sur les marchés vont donc repartir de plus belle avant les deux prochaines réunions de la Fed prévues d’ici à la fin de l’année. L’interminable débat sur les intentions de la Fed n’est pas sans risques et peut lui-même conduire à des «turbulences» en renforçant l’incertitude, a d’ailleurs déploré Janet Yellen, la présidente de la Fed. «C’est une situation fâcheuse», a-t-elle assuré. 

 
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