Donnez-moi de l’oxygène
22 septembre 2015 - Image par Matthew Fournier
Le metteur en scène Christian Lapointe adapte une pièce d’ Ivan Viriapev.

Transformée pour Oxygène, la scène principale du Prospero devient un étrange chapiteau blanc. À la tente claire s’accrochent des lumières et une boule disco, suspendues au-dessus de tables rondes et de chaises en plastique. Seuls deux micros limitent l’espace réservé aux acteurs, ainsi qu’un texte projeté sur la toile derrière ces derniers. Musique «danse-électro», bande-son qui soutiendra le texte tout au long de la pièce. Tout évoque un mariage cliché, Christian Lapointe joue sans vergogne avec le thème du kitsch. Kundera approuverait.

Éric Robidoux et Ève Presseault arrivent enfin, après une quinzaine de minutes de retard. Si ce retard n’était peut-être pas volontaire, l’effet reste le même: une impatience palpable et presque étouffante dans ces tablées de gens assis entre inconnus. Tenues de mariage, verre à la bouche, gestes calculés, les deux acteurs se livrent un duel acharné, essoufflant, étouffant à la limite.

S’ensuit, en dix commandements bibliques, une grande réflexion sur notre époque et sur ses bases instables. Chaque commandement est démantelé rapidement par l’illustration d’une société incapable de s’y tenir. Manque de valeurs ou perte de valeurs, Elle et Lui finiront par démontrer rapidement le non-sens de ce système contemporain, clérical et social. Le chapiteau devient chapelle. Les acteurs parlent sans cesse, dans une Parole désacralisée et répétitive, composée en cycles. On retourne à la base de cette Parole, à l’oralité originelle: le conte. Un système de gestes et de répétitions ponctuent le texte effréné. Les acteurs sont époustouflants. Le scénario évoque les systèmes hiérarchiques entre plusieurs polarités: sexe/amour, Jérusalem/Occident, chameau/porc, vie/mort, oui/non, parole/sentiments, oxygène/manque d’oxygène.

Mise en scène et acteurs soutiennent remarquablement une pièce qui, au final, nous couvre  «les oreilles avec des écouteurs» et nous coupe tout oxygène. Qu’est-ce qui est fondamental? «Si tu me dis que c’est l’oxygène, je sors de scène.» Pas l’oxygène, finalement, mais ce qui a besoin de cet oxygène, peut-être. Pièce puissante, dont on sort essoufflé, un peu embrouillé, en état d’ébriété mentale. 

 
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