Lis-moi ta thèse
31 mars 2015 - Image par Gwenn Duval
Première édition à la fois modeste et respectable d’un colloque étudiant au DLLF.

C’est dans la prestigieuse salle Arts 160 que se tenait vendredi dernier, 27 mars, la toute première édition d’un colloque dédié aux étudiants de premier cycle organisé par l’Association générale des étudiants de langue et littérature françaises (AGELF). Cette rencontre amicale, qui s’est étendue de midi à cinq heures, était une opportunité pour six étudiants de dernière année de spécialisation en langue et littérature françaises de présenter leur projet final devant collègues et professeurs. Dans leur discours inaugural, les trois principaux organisateurs, Marianne Godard, Frédéric Doré et Ghislaine Le Moing, ont exprimé leur volonté de créer un «espace d’échange pour les étudiants» qui soit différent de celui qu’offrent les cours. C’était aussi un espace de reconnaissance pour ces étudiants qui travaillent depuis le début de l’année à leur travail de recherche respectif.

Les présentations étaient organisées de manière chronologique selon la datation des corpus à l’étude. C’est donc, Michaël Blais qui a brillamment ouvert le bal avec son exposé intitulé Le vêtement et le nu dans les Essais de Montaigne : coïncidence entre le vêtir et le dire, qui met en relation la pureté du langage et celle du corps nu. Suite à quoi Julyen Renaud a pris le relais avec son travail qui portait sur l’œuvre, malheureusement oubliée, de Guez de Balzac dans une grande entreprise de démystification et de définition des concepts d’honnêteté, d’atticisme et d’urbanité. En troisième, c’est Joseph Boju, d’ailleurs rédacteur en chef du Délit, qui a accaparé l’attention avec son exposé sur les Odes funambulesques, du poète Théodore de Banville, dans une optique d’analyse à la fois politique, journalistique et transhistorique. En quatrième, Baptiste Rinner, qu’on connaît au Délit pour son amour de Proust, s’est chargé de séparer ledit auteur du narrateur de À la recherche du temps perdu afin d’analyser les scènes d’inversion qui pourraient constituer une partie de la vérité cherchée et trouvée dans le roman. Finalement, Thomas Birzan, un ancien du Délit, s’est investi dans une œuvre quasiment inconnue et délaissée par la critique universitaire d’Albert Camus, La postérité du Soleil, qui mêle photographie et fragments, pour réconcilier l’homme et le monde. Malheureusement, la dernière présentation, qui portait sur le groupe contemporain Radio Radio, a dû être annulée. Chaque présentation était suivie d’une courte pause, permettant aux auditeurs de se reposer quelque peu avant la présentation suivante et d’attaquer le buffet.

Il s’agissait, et ce pour tous les présentateurs, d’une première exposition officielle de leurs travaux à un public critique. Bien que la date de remise et le professeur associé pouvaient varier d’une présentation à l’autre, aucun des étudiants n’avait vu son travail révisé de manière finale par une autorité professorale. Cette réalité, que le comité colloque avait en tête, s’explique surtout par le fait que la fin de session laisse peu de place à ce genre d’événement. Dure à gérer, cette contrainte aura majoritairement paru dans le stress de certains participants, qui présentaient pour la première fois quelque chose de cette envergure, dans la difficulté éprouvée par certains à respecter la contrainte de temps (soit trente minutes de présentation et trente minutes de questions), mais surtout dans l’inachèvement de plusieurs travaux, qui pourtant n’endigua pas leur pertinence.

Malgré toute l’organisation des trois membres du comité, la participation à l’événement reste modeste. Quoique non fixe et soumise à un va-et-vient, l’audience ne dépassa jamais les douze personnes. Parmi elles, on pouvait remarquer une majorité d’étudiants de premier cycle, quelques étudiants de cycles supérieurs et quelques professeurs, même si leur participation resta minime. Cela peut être expliqué en partie par la concomitance d’une réunion professorale sur la sortie du budget 2015 et, semble-t-il, quelques cas de maladie. Notons quand même qu’au moins un professeur était présent pour chaque exposé. Quoi qu’il en soit, Mme Jane Everett, professeure au département, tenait à souligner son soutien à la fois aux organisateurs dévoués et aux étudiants passionnés.

L’idée d’organiser un colloque a séduit. D’abord, pour Jeanne Simoneau, étudiante en première année de spécialisation, ces présentations lui auront surtout permis d’éclaircir l’idée générale du travail de fin de baccalauréat, puisqu’elle le sait inévitable en fin de cycle. Pour Michaël Blais, panéliste, c’était l’occasion d’enfin entrevoir le travail personnel de ses camarades, qu’il côtoie depuis maintenant trois ans. «On n’a pas souvent la chance d’entendre et de lire ce que nos camarades font. Ce genre d’exercice ne peut être que pertinent.» Dans une optique d’encouragement, l’étudiant a mentionné sa volonté que cet événement se poursuive à l’avenir et devienne une tradition à McGill.

Selon l’un des organisateurs, Frédérique Doré, cette initiative est partie d’un intérêt à imiter un événement qui existe au Département de langue anglaise de McGill et au Département de littérature de langue française à l’Université de Montréal: «On a eu le culot de le faire.» Toujours selon lui, l’optique de l’événement se voulait totalement conviviale: «L’université n’est pas une industrie intellectuelle, c’est un espace d’échange. C’est cela qu’on a cherché à créer: prendre la facette productive reliée aux études universitaires et la rendre dans un contexte non-performatif.» Dans un autre ordre d’idée, et à l’image du journal Le Délit et de la revue Lieu Commun qui mobilisent plusieurs étudiants du département, ce colloque se veut une institution tentaculaire de l’association étudiante au niveau académique. Avide de commentaires constructifs, l’équipe souhaite également que cette initiative se reproduise à l’avenir afin de «donner ses lettres de noblesse à l’AGELF».

Somme toute, la journée peut se vanter d’un succès modeste qu’il tiendra aux futurs membres de l’AGELF de poursuivre et d’incruster dans la tradition mcgilloise.

 
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