«Fermés pour cause d’austérité»
24 novembre 2014 - Image par Luce Engérant
Le milieu communautaire réclame plus de financements.

Plusieurs centaines d’organismes communautaires ont symboliquement fermé leurs portes pendant 225 minutes soit une minute par million réclamé le 17 novembre dernier dans toute la province. À Montréal, ce sont quelque 2000 manifestants qui ont marché de la Place Émilie-Gamelin à la Place des Arts en début d’après-midi pour dénoncer le sous-financement chronique du réseau communautaire et les mesures d’austérité du gouvernement Couillard qui promettent d’alourdir leur fardeau.

À bout de souffle

Précarité, salaires faibles, épuisement professionnel… Les travailleurs du communautaire sont «à bout de souffle», confie Sébastien Rivard, coordonnateur du Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal (RIOCM), en entrevue téléphonique avec Le Délit. Le geste «historique» – c’était la première fois que les organismes communautaires en venaient à fermer leurs portes en guise de contestation – organisé par les acteurs du communautaire visait à démontrer l’importance du rôle qu’ils jouent dans la société. Les manifestants venus réclamer une «pleine reconnaissance» et des engagements clairs du gouvernement à rehausser le financement du réseau ont marché pendant près de deux heures dans le centre-ville de Montréal, s’arrêtant devant le Centre Hospitalier Universitaire de Montréal (CHUM) en milieu de parcours. Des porte-paroles ont alors dénoncé les partenariats public-privé et les dépassements de coûts, soutenant que le choix du gouvernement de couper dans les services publics est un «choix idéologique». Une fois le cortège arrivé à la Place des Arts, les porte-paroles du milieu communautaire, l’humoriste Mathieu Cyr, la députée de Québec solidaire Manon Massé, et le critique des services sociaux Jean-François Lisée, entre autres, se sont exprimés à tour de rôle. Monsieur Lisée, député du Parti Québécois (PQ) pour la circonscription de Rosemont, a rappelé l’engagement pris par son parti alors qu’il était au pouvoir le printemps dernier de redistribuer 162 millions de dollars au réseau communautaire. Sébastien Rivard nous confirme que des négociations étaient en cours entre les organismes communautaires et le gouvernement, et que cet argent aurait probablement été versé par le PQ s’il était resté au pouvoir. Le nouveau gouvernement libéral a toutefois annulé cet engagement, ce qui a mis le milieu communautaire «en colère», selon un communiqué du RIOCM.

Des choix idéologiques

La manifestation avait également pour but de dénoncer les mesures d’austérité du gouvernement Couillard. Ces politiques «ont un impact très grand […] et on travaille avec ces gens-là qui seront touchés, surtout les femmes», nous confie Lyse Cloutier, du Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA), rencontrée lors de la manifestation. Céline Métivier, de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, ajoute que les choix du gouvernement sont idéologiques, et qu’il y a «d’autres avenues» que les coupes qui s’accumulent. En effet, les libéraux ne cachent pas que les mesures d’austérité visent entre autres à «repositionner l’État québécois», comme l’a affirmé à plusieurs reprises le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux. Sébastien Rivard affirme que les libéraux l’ont averti de ne rien attendre du gouvernement «avant plusieurs années» et de s’estimer «chanceux» que le budget des organismes communautaires ne soit pas amputé.
         En réponse à la manifestation du 17 novembre, la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse et à la Santé publique Lucie Charlebois a déclaré au Devoir ne pas comprendre «pourquoi on s’agite autant» puisque le budget accordé aux organismes communautaires sera indexé de 0,9% cette année. Du côté de PLQ McGill, Julie Thibault, vice-présidente aux relations et aux communications, affirme dans un échange de courriels avec Le Délit qu’on préfère «voir le contexte financier difficile comme une opportunité pour faire preuve d’innovation positive». On s’étonne d’ailleurs que «peu [d’organismes communautaires] aient songé à varier leurs sources de revenus au fil des années», ajoutant qu’«il serait […] souhaitable que la population […] encourage personnellement [les] organismes communautaires […]. C’est LA meilleure façon d’aider». Selon un rapport du RIOCM publié en février 2013, le gouvernement du Québec verse 384 millions annuellement à quelque 3000 organismes communautaires alors que leurs besoins se chiffrent à 609 millions. Pour l’instant, les organismes communautaires luttent tant bien que mal pour combler le manque par le financement de différentes fondations privées ou communautaires ou des campagnes de financement, par exemple.

Dix milliards de solutions

Les organismes communautaires proposent des solutions qui permettraient d’augmenter les revenus de l’État québécois de dix milliards de dollars annuellement sans couper dans les services publics. Parmi les mesures proposées, on trouve: «réinstaurer la progressivité de l’impôt des particuliers, revoir les mesures fiscales destinées aux entreprises, augmenter les redevances sur les ressources naturelles, lutter contre l’évasion fiscale». Du côté des Jeunes libéraux, on souhaiterait également voir le gouvernement libéral miser sur l’augmentation des revenus de l’État. On propose par exemple d’installer «des compteurs d’eau dans les nouvelles constructions industrielles et commerciales […] et favoriser l’augmentation du taux d’activité de la population de 55 ans et plus en éliminant les divers incitatifs fiscaux favorisant les retraites hâtives et les barrières empêchant les retraites progressives».
            Les différents acteurs du communautaire s’entendent pour dire que la manifestation du 17 novembre «n’[était] qu’un début», et qu’ils continueront d’exiger des engagements concrets du gouvernement à rehausser le financement public du réseau communautaire et d’exprimer leur mécontentement face aux mesures d’austérité.

 
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