Se pencher pour ne pas fléchir
20 octobre 2014 - Image par Gwenn Duval
Petit cours d’écriture à l’usage de tous.

Cette semaine, si le cœur vous en dit de me suivre des yeux, nous partirons ensemble en quête de sources de réflexions. Il est beau de prendre plume sans sujet, de se laisser aller au délire poétique dont je vous parlais la dernière fois, mais il me semble que ce serait restreindre beaucoup les caractéristiques de la substance écrite. D’ailleurs, le délire poétique me servira de sujet. Vous pourrez vous en apercevoir, j’en userai jusqu’à la moelle sans jamais en atteindre l’abstraction: c’est que je ne cherche pas à me défaire de la matérialité de ce monde!

Il faut, avant toute chose, trouver un thème. Je ne suis pas ici en ennemie, faisant de «La Problématique» ma profession de foi. Quoiqu’il en soit, il faut une intention derrière un texte. Attention, l’intention considérée dans son acceptation la plus étendue, il nous faut donc considérer l’homophone «intension» —de grâce, qu’on me permette de reprendre les idées déjà énoncées. Je conseille aux non-initiés de se référer à la chronique précédente «Apprentie plume». Il faut donc un projet dont on a, ou l’on cherche à avoir, une compréhension rigoureuse. J’ajoute ici qu’elle ne me semble être possible que par l’entremise d’une approche aussi multiple que l’esprit peut l’envisager. Les points de vue sont intarissables: quand il n’y en a plus, il y en a encore. 

Plusieurs méthodes permettent d’en arriver à un texte construit, fluide et astucieux. Avant d’en exposer quelques-unes, je tiens à préciser qu’il est de la plus haute importance de n’avoir peur de se tromper. Bien que la plume puisse être une arme, Napoléon la craignait: «l’encre tuera la société moderne»; elle est avant tout à sa place dans l’exercice de la réflexion. 

L’une des méthodes les plus répandues est de s’atteler à une question et de tenter d’y répondre en puisant dans les dires d’autrui pour ensuite cogiter avant de se livrer au processus de rédaction. En confrontant les points de vue, il se produit parfois des amalgames d’où peuvent émerger des conceptions nouvelles. En additionnant les thèses, on n’arrive que très rarement à un résultat mathématiquement viable (en règle). Souvent, les équations éclairent des opérations distinctes, bien que reliées par une compatibilité jusqu’alors insoupçonnable. 

La contradiction s’est déjà vue garante de l’invention. Einstein en a fait la superbe, et non moins dangereuse, démonstration: la lumière possède les caractéristiques d’une particule en plus d’avoir celles d’une onde. En découle le célèbre E=mc2 et la théorie de la relativité, résolvant l’impasse scientifique du 20e siècle. La lumière était jusqu’alors catégorisée comme une onde et l’on ne pouvait considérer qu’elle possède aussi les caractéristiques d’une particule. Le carcan typologique empêchait les réflexions d’aboutir, il fallait se pencher autrement sur le problème.

Notez ici qu’une autre question se soulève d’elle-même, mettant en scène le savant Henri Poincaré qui fait l’objet d’une controverse à propos de la découverte de la théorie de la relativité. Physique, politique, mathématique, image médiatique et littérature se réunissent autour du sujet, je vous laisse y songer. Afin d’épancher un instant votre soif de savoir, voici un énoncé de source quasi sûre (La Science et l’Hypothèse): «Ainsi l’espace absolu, le temps absolu, la géométrie même ne sont pas des conditions qui s’imposent à la mécanique; toutes ces choses ne préexistent pas plus à la mécanique que la langue française ne préexiste logiquement aux vérités que l’on exprime en français», signé: Poincaré. L’écriture, en plus d’être le germe, le levain et le pain de la réflexion, est un prisme par lequel les lumières jetées sur notre univers contemporain se décomposent, se diffusent et se reforment dans les esprits. D’où l’importance de savoir composer.

 
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