Évolution, évolution…
31 janvier 2012
Mon petit frère est en 1re secondaire. Il est revenu à la maison après une journée d’école s’étant terminée par un cours de sciences.

L’œil malin, il me demande: «Savais-tu qu’un jour les humains n’auront plus de petit orteil?». En fait, son professeur leur a raconté que le petit orteil est inutile à notre équilibre ou même à toute autre chose, donc qu’il est condamné à fusionner de façon à disparaître. Cette anecdote est la manière idéale d’introduire l’histoire de Darwin.

En 1801, le chevalier de Lamarck a publié un des premiers ouvrages sur l’évolution, proposant ainsi sa théorie de la transmission des caractères acquis. Il prétendait qu’en étirant son cou vers des petits fruits au sommet des arbres, la girafe a modifié son organisme pour le transmettre à sa progéniture et, au fur et à mesure, le cou de cette espèce s’est allongé. D’ailleurs, le concept selon lequel les humains perdront leurs petits orteils vient de Lamarck qui n’avait aucune conception de ce qu’est un gène. Alors que la science avance, le professeur de mon petit frère est vraisemblablement resté en 1801.

Huit ans plus tard naissait Charles Darwin. Ce dernier a profité du terreau fertile qu’avait préparé Lamarck au sujet de l’évolution. C’est en 1850 qu’est publiée L’Origine des espèces. Son concept est simple: plusieurs individus de chaque espèce naissent, mais tous ne survivront pas. La nature détermine la survie des espèces et régule ainsi la sélection des caractéristiques. Un animal qui meurt avant de transmettre ses caractéristiques (Darwin non plus n’avait guère connaissance des gènes) diminue la présence de celles-ci au sein de son espèce. À l’inverse, si un attribut permet de survivre jusqu’à la procréation, il est transmis à la progéniture. En bref, dans un contexte où la seule nourriture disponible pour les girafes était à la cime des arbres, les plus petites girafes sont mortes alors que les plus grandes ont survécu puis transmis leurs gènes régulant la taille à leurs enfants.

Prenons l’exemple de quelqu’un qui a eu l’appendicite quand il était petit. C’est l’infection d’un organe inutile, vestige de l’évolution, situé dans notre intestin grêle. Grâce à la médecine moderne, il a survécu et nous a transmis le gène de l’appendice. Si la chirurgie n’existait pas, tous ceux ayant un appendice problématique (on soupçonne que plus il est profond, plus une infection est probable) mourraient avant de transmettre cet attribut et qu’il disparaitrait lentement chez l’Homo sapiens. Ainsi, personne ne meurt avant d’avoir des enfants pour cause de petit orteil inutile. Voilà pourquoi il ne disparaîtra jamais.

Le lendemain, la tête enflée, convaincue de tout savoir sur l’évolution et que celle-ci n’a plus rien à cacher à l’humanité, je me suis rendue à mon cours de génétique. Il se trouve que mon professeur, Ehab Abouheif, et son équipe ont récemment fait une découverte liée à l’évolution et qui confirme l’existence de gènes vestigiaux. Environ huit espèces de fourmis à grande tête donnent naissance à des super soldates dont les mandibules sont énormes.  À l’aide d’hormones injectées à des larves d’une espèce déchez qui ces supers soldates n’existent pas, l’équipe de chercheurs a fait naître ces minis monstres aux pinces protubérantes. La conclusion qu’en tire l’équipe s’ajoute à plusieurs études sur l’épigénétique: les espèces portent des gènes «éteints» (probablement à cause de circonstances environnementales) et transmissibles. Malgré tout, ils sont encore là, prêts à ressurgir sous des stress spécifiques. La théorie de l’évolution se complique alors que je pensais, à tort, qu’elle nous avait tout dévoilé.

Lamarck, Darwin et moi-même avons certainement constaté qu’à l’instar des espèces, nos connaissances évoluent…

 
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