Coup de fouet dans les cymbales
30 septembre 2014 - Image par GRACIEUSETÉ METROPOLE FILMS
Sortie du film Whiplash, chronique d’un mordu de batterie jazz.

Whiplash, dernier film du réalisateur Damien Chazelle, est centré sur Andrew, un musicien de 19 ans qui rêve de devenir un des plus grands batteurs de jazz de sa génération.  Le film suit le parcours du jeune homme: le raffinement progressif de sa technique, la poursuite de son rêve. Progressivement, nous voyons Andrew s’éloigner de sa famille, de l’amour et de l’amitié, pour se concentrer sur sa batterie, sur laquelle il joue  jusqu’à ce que sueur et sang s’en suivent. Même après un  accident presque fatal, il continue de jouer.

Cette détermination est inspirante pour le spectateur. Le personnage descend d’une longue lignée de ratés mais est dévoué à la musique et déterminé à ajouter son nom à la liste des grands du jazz. Andrew ne se laisse pas intimider; ni par ses concurrents plus âgés, ni par son maître. Même quand il est au plus bas —physiquement et mentalement— la musique est toujours sa priorité.

La vraie vedette de ce film est  J. K. Simmons, qui interprète le personnage de Terrence Fletcher. Avec peu de dialogue, Fletcher signifie et suggère grâce à un jeu corporel dynamique. Il est un maitre cruel et capricieux. qui pousse ses étudiants au-delà de leurs limites, en les intimidant, les insultant et les humiliant publiquement. Andrew a été giflé, on lui a jeté des chaises dessus, on l’a traité de «chochotte sans valeur». 

Mais le professeur a aussi ses moments de tendresse. Il encourage une petite fille, d’une voix douce, à rejoindre son conservatoire. Une tristesse imprègne son comportement quand il raconte à la classe qu’un de ses étudiants est décédé. Il révèle à Andrew qu’il pousse ses étudiants à repousser leurs limites de la sorte car qu’il ne veut pas que la prochaine grande vedette de jazz soit présomptueuse. Fletcher déclare qu’il n’existe pas deux mots plus nocifs que «bon travail», et que l’encouragement engendre la complaisance 

La fin du film fait écho à l’ouverture par un lent rythme de batterie, qui va s’accélérant. Ce rythme reflète le progrès d’Andrew au cours du film: ses efforts, sa motivation. Au cours de sa représentation de jazz, Andrew déverse ses affects dans la musique, s’exprimant mieux et montrant plus d’émotions sur la batterie que lors des conversations avec sa famille et sa petite amie. À la fin du film, le spectateur lui-même sent la satisfaction et le soulagement: Andrew a finalement réalisé son objectif, et son travail lui aura valu cette peine. On sort du film motivé à poursuivre nos buts personnels et à profiter de nos vies. 

 
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