Deux soldats, une longue prise – Le Délit
Deux soldats, une longue prise
Par · 14 janvier 2020
1917 propose une approche rafraîchissante aux films de guerre.
Image par François Duhamel/Universal Pictures/Dreamworks Picutres

Après avoir été acclamé à la cérémonie des Golden Globes le dimanche 5 janvier, où il a reçu le prix du meilleur réalisateur ainsi que celui du meilleur long métrage dramatique, le film 1917 a dominé le box-office le jour de sa sortie globale ce vendredi. Ce long-métrage de deux heures raconte l’histoire, inspirée d’événements réels de la Première Guerre mondiale, de deux soldats anglais ayant pour mission d’entrer en territoire allemand pour livrer un message. Son succès s’explique par l’application d’une approche originale et rafraîchissante à un genre déjà établi dans les esprits : l’intrigue est racontée au court d’une seule longue prise d’une durée de deux heures!

Innovation réussie

Cette prouesse cinématographique déjà observée dans quelques rares métrages (par exemple Birdman de Alejandro G. Iñárritu) devient possible pour le réalisateur Sam Mendes grâce à des mois de préparations, à une planification précise des déplacements de la caméra et à plusieurs effets de montage stratégiquement placés. Le résultat est prodigieux : aux yeux du·de la spectateur·rice, le tout semble être une seule longue prise.

Ce point de vue audacieux permet de saisir la géographie et la temporalité du périple des deux jeunes hommes et pousse l’auditoire à se connecter avec eux, avec une efficacité très rare au cinéma. L’absence de coupures de montage force le·la spectateur·rice à vivre avec les personnages l’entièreté de leurs expériences, ce qui rend leurs émotions plus puissantes et leur héroïsme plus impressionnant.

Distribution efficace

Les deux acteurs principaux, Dean-Charles Chapman et George Mackay, tous deux peu connus à Hollywood (et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils ont été sélectionnés, selon le réalisateur), arrivent à incarner avec succès les deux jeunes Anglais lancés dans des situations plus grandes qu’eux auxquelles le film nous pousse à nous intéresser. Plusieurs grands noms tels que Colin Firth, Andrew Scott, Mark Strong, Benedict Cumberbatch et Richard Madden font tout de même de courtes apparitions au cours du film (sans aller jusqu’à voler la vedette aux acteurs principaux).

À une époque où le genre des films de guerre semble avoir atteint un point de sursaturation,  le réalisateur Sam Mendes parvient, avec 1917, à prouver qu’il est toujours possible d’approcher ces œuvres héroïques de façon surprenante et nouvelle. Ce long-métrage, à la fois léger dans ses dialogues entre les deux protagonistes et lourd dans son approche de la brutalité de la guerre, réussit à mettre l’auditoire dans les bottes de deux soldats contraints à mener à exécution une mission désespérée, et à vivre avec eux chaque moment de son déroulement. Avec un rythme engageant et équilibré, une cinématographie méritant d’être vécue en IMAX et des performances sans défaut, ce film vaut l’attention du public et risque de se mériter plusieurs prix aux Oscars, où il a été sélectionné dans 10 catégories, dont meilleur film et meilleur réalisateur.

 
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