Quantum & Nimbes: La physique du rêve
10 juillet 2014 - Image par M. Duval
Une installation numérique de la satosphère.

«Sur cette volonté de regarder à l’intérieur des choses, de regarder ce qu’on ne voit pas, ce qu’on ne doit pas voir, se forment d’étranges rêveries tendues, des rêveries qui plissent l’intersourcilier»

(Bachelard, La Terre et les rêveries du repos)

Quantum and Nimbes, l’installation immersive présentée à la satosphère au mois de juin, semble incarner la réponse artistique à ces propos. La première partie, intitulée Quantum par François Wunschel et Fernando Favier, s’inspire de l’entre-choc de quark-pixels tels qu’imaginé par les théories de la physique. Nimbes, créé par Joanie Lemercier et James Ginzburg, présente un univers effrayant où les ténèbres et la lumière s’affrontent. Profitant de l’effervescence du festival EM15, la satosphère a invité les spectateurs à se détourner de la lumière estivale pour venir embrasser la part d’ombre de ses lieux. Dans un jeu entre l’infiniment grand et l’infiniment petit, le spectateur est saisi sous les projections démentielles.

 

Les portes se referment, et le public, qui se croyait confortablement installé sur de longs canapés, se voit happé dans les rouages d’une boule infernale. Dans un traveling inversé, celle-ci le mène à sa guise à travers les dédales d’un agencement de prismes qui constitue l’intérieur de la sphère 3D. Entre les écrous de cette métaphore du temps se transmet la sensation d’un vertige artificiel à teneur numérique. Les transitions sont fluides et succèdent aux tensions. L’accompagnement musical sonne, ça et là, le glas d’un chaos en crescendo; pendant ce temps le martèlement des aiguilles soutient l’inexorable oxydation de la matière, sur laquelle ruisselle un magma lumineux. Alors que le spectateur pense toucher le fond, un nouvel appel d’air le propulse à l’intérieur d’une géode cristallisée. Ses facettes reflètent les éclats de lumières, et dansent au rythme d’une litanie qui paraît émaner des profondeurs de la Terre.

 

Avant d’en venir aux Nimbes, le noir s’installe dans un quasi-soupir de soulagement.

L’interlude est brève, et l’on atterrit dans un forêt désenchantée. Le paysage est lugubre et les troncs désarticulés. Un souffle haletant empêche de délimiter les contours de ce mauvais rêve, et peu à peu un portail aux allures gothiques apparaît. On ne passera pas outre, il s’agit d’en explorer la teneur, de se fondre dans ses entrailles. Une nébuleuse forme un conduit aux parois concaves et granuleuses, et le spectateur continue à voyager malgré lui dans cette perspective atomique des choses.

 

Cette interprétation visuelle et sonore d’un flash onirique épouse parfaitement les contours du dôme de la satosphère. Dans ce lieu unique, la possibilité de tendre vers une traduction littérale d’une inspiration abstraite et multi-dimensionnelle, commune aux arts numériques, devient presque tangible. De Quantum & Nimbes se dessine une sensation d’infini qui nous ramène, lutteurs implacables, à notre intérieur extraverti dont les excroissances évoquent une sinistre toute puissance. On se heurte aux contours de l’œuvre artistique avec une force violente mais créatrice, et l’on comprend que l’exploration totale est vouée à l’éternel retour.

 
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