Quand Socrate tweetait
28 janvier 2014
Opinion

Quel comble! Le monde fait aujourd’hui état d’un pessimisme grandissant envers une mondialisation de plus en plus importante. L’individu n’est plus; étouffé par des forces ultra connectées, il n’est qu’un atome dans une masse d’humains pour qui se distinguer devient un but presque inatteignable. L’uniformisation est en marche, main dans la main avec le progrès: internet, et plus particulièrement les réseaux sociaux, contribuent à éroder notre unicité, en nous dématérialisant. Le message est clair: en 2014, le monde dépasse l’être humain.

Et pourtant il n’aura jamais été aussi facile de donner le pouvoir à tous, et ce par les médias sociaux. Nul besoin de maîtriser trois langages informatiques: cent quarante signes sur un message Twitter peuvent suffire à déclencher un incident diplomatique; McMUN, la simulation des Nations Unies organisée par McGill cette année entre le jeudi 23 et le dimanche 26 janvier, en a donné un parfait exemple. Un comité, le «Triple Joint: People Power Revolution», a en effet écrit un tweet à propos du génocide du Rwanda, en indiquant que des hutus avaient été massacrés. Tout cela était bien entendu factice, mais l’information a été retweetée par un média rwandais, puis par une multitude d’internautes; plusieurs milliers, d’après des participants de la simulation.

La toile, tout en étant gigantesque et étouffante, semble permettre à chacun de se faire remarquer, de faire parler de lui, ou même de se créer une personnalité. En d’autres termes, tout individu se retrouve avec un pouvoir, pas forcément légitime, mais inévitable.

Cet état des choses, aussi paradoxal soit-il, représente aussi un véritable problème au niveau de l’information. On a affaire à un bouche-à-oreille planétaire, où les concepts de source et de crédibilité sont mis à rude épreuve. Dans l’optique de l’instantané, les organes de presse reconnus ne prennent plus le temps de vérifier leurs informations; si ça choque, ça se vend.

Socrate nous expliquait il y a 2500 ans qu’un vrai sujet d’actualité devait passer trois tests. Le premier, celui de la vérité –les sources sont-elles là?– ne semble aujourd’hui plus de mise; un trop important afflux d’information empêche de choisir les bons faits, dans leur contexte. L’adaptation à une telle surcharge se fait au détriment de la qualité des propos.

Les deuxième et troisième filtres se ressemblent. Ce sont ceux de la bonté et de l’utilité, soit ceux qui permettent de se demander si la nouvelle est bonne, et nécessaire. L’événement qui a eu lieu à McMUN est le parfait exemple qu’une telle règle est aujourd’hui trop souvent bafouée. Il ne suffit pas de se demander ce qu’apporte la nouvelle; il s’agit aussi d’éviter la désinformation. Qui, avec les réseaux sociaux, est aujourd’hui à sa plus grande forme.

Micro intervention, macro conséquence: quelles leçons doit-on tirer? Il n’est pas nécessaire de «cracher» sur les réseaux sociaux; beaucoup s’accordent pour dire que ces plateformes ouvrent la voie à une sorte d’information jamais connue auparavant, et qui sert de complément aux sources officielles. Les réseaux sociaux ne doivent donc pas se substituer aux journaux, qui sont censés être les garants de la crédibilité, et non pas, dans le but de couvrir le plus dans les plus brefs délais, se soumettre aux lois de la demande. Quand McMUN risque de changer la donne diplomatique entre deux pays, on se demande si ces variables sont toujours de mise.

 
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