L’éternel conflit?
14 janvier 2014 - Image par Gracieuseté du Goethe-institut
Kaddisch pour un ami: rencontre entre un retraité juif et un adolescent palestinien.

Présenté par le Goethe-Institut, le film Kaddisch pour ami inaugure la série Achtung Film! (un film allemand tous les premiers jeudis du mois au cinéma Excentris).

«Qui sauve un homme sauve l’humanité entière». Tels sont les mots d’un octogénaire juif russe à Ali, réfugié palestinien. Ali, 14 ans, vit depuis peu à Berlin. Sa famille et lui tentent de s’intégrer dans le quartier multiculturel de Kreuzberg, après avoir fui un camp de réfugiés au Liban. Quelle n’est pas leur surprise de découvrir que leur voisin du dessus n’est autre qu’un vétéran juif, Alexander, qui est, lui aussi, un immigré, venu de Russie. Si on se laisse convaincre par les bons sentiments de ce film, c’est grâce à la capacité du réalisateur Leo Khasin à jouer talentueusement avec les clichés pour les retrouver là où ne les attend pas. Brillamment interprété par Ryszard Ronczewski, Alexander est un homme seul, vaquant à ses activités de retraité, et luttant pour ne pas se faire envoyer en maison de retraite. Le jeune Ali, pour qui les hostilités d’une guerre fratricide résonnent encore dans la tête, se laisse influencer par une bande de voyous de la cité, et participe au saccage de l’appartement d’Alexander. Malheureusement pour lui, Alexander ne reconnaît qu’Ali et porte plainte. Le sort de sa famille est alors en jeu, puisqu’ils risquent d’être renvoyés au Proche-Orient. L’adolescent n’a alors d’autre choix que de surmonter la haine inculquée par ses origines, et doit donc refaire tout l’appartement à neuf. De là naît une amitié surprenante, faisant fi des barrières de la religion, de l’âge, et de la nationalité.

Le spectateur est alors tenu en haleine malgré un dénouement prévisible, mené par des rebondissements toujours plausibles. Avec un ton juste, Leo Khasin parvient à livrer une belle réponse à la difficile question des inimitiés Israélo-Palestiniennes, mais pas seulement. Cette amitié singulière entre Ali et Alexander dévoile aussi les dimensions des relations père-fils, de la position de la femme, de la communauté juive et des barrières culturelles dans cette tour de Babel 2.0 qu’est l’Allemagne contemporaine, nouvelle terre d’immigration. Les personnages déjouent la fatalité avec humour et offrent un bel exemple de tolérance, sans jamais tomber dans le piège d’une morale universaliste aux accents trop mièvres. Alors que les protagonistes proviennent d’horizons on ne peut plus conflictuels, ils doivent affronter les mêmes difficultés de la vie. Tous deux font face aux services sociaux qui mènent la vie dure à leur désir d’intégration, à leur entourage dont les idées sont bien arrêtées, et à tous ces gens qui pensent savoir mieux qu’eux comment se comporter devant le fait accompli. Pourtant ceux-là ne réfléchissent que par leurs habitudes à prendre un parti et à remuer les plaies du passé. Mais l’amitié et le présent sont ici plus forts que l’Histoire pour Alexander et Ali. Comme la lumière détruit à un moment la pellicule qu’Alexander conservait comme une relique, les clichés du passé sont oblitérés par la fraîcheur humaine née de leur rencontre.

 
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