Apparement antisyndical?
22 octobre 2013
Les employés de MUNACA portent plainte contre McGill.

L’Université McGill veut changer le mode de paiement actuel des employés représentés par le syndicat des employés non-académiques de McGill, (MUNACA, McGill University Non-Academic Certified Association) et de l’Association des Employés en Recherche de l’Université McGill (AERUM), ce à quoi les deux associations s’opposent formellement.

Habituellement, les employés reçoivent leur salaire à chaque 15e et 31e du mois et sont payés sans délai. Par exemple, la «prochaine paie est le 31 octobre, et sera pour la période de travail du 15 au 31 octobre» explique au Délit Sean Corry, président de l’AERUM. À compter du 1er janvier 2014, ces mesures changeront: il y aura un délai de deux semaines entre le dernier jour de travail et la paie associée à cette période. Les employés recevront  aussi désormais leur salaire à chaque deux semaines.

Kevin Whittaker, président de MUNACA, explique au Délit en entrevue téléphonique qu’il ne voit pas de problème avec la paie aux deux semaines, mais bien avec le délai imposé par l’université.
Whittaker explique qu’après les vacances de Noël – ce qui est la pire période selon lui pour appliquer les nouvelles mesures –  les employés de MUNACA recevraient un paiement de salaire pour trois jours, au lieu de l’habituel 15 jours. Il dit que l’université «est prête à faire un prêt aux employés pour compenser pour cet écart, mais que ce prêt devrait être remboursé en avril».

Cette nouvelle mesure fait aussi en sorte qu’au lieu de recevoir 24 chèques de paie, les employés en recevront 26, mais de plus petits montants.  Whittaker explique que ces mesures sont désavantageuses pour les employés, surtout que le syndicat compte beaucoup «de mères monoparentales parmi [les membres de MUNACA] et de personnes qui dépendent de chacun de ces chèques de paie» pour survivre financièrement. Les employés ne sont pas prêts pour un tel changement renchérit Sean Corry.

L’Université dit procéder à de tels changements pour avoir plus de temps pour gérer les changements d’horaire et les heures supplémentaires des employés. Toutefois, Sean Corry explique qu’«il n’y a pas de problème avec les heures supplémentaires» pour le moment, et que «les employés [de l’AERUM] ne font pas d’heures supplémentaires».

Pour sa part, le président de MUNACA dit que «l’administration a créé un problème qui n’existe pas, et tente d’appliquer une solution à un problème qui n’existe pas». Kevin Whittaker dit que cette mesure prise par l’université est faite pour «épargner de l’argent». Le Président de MUNACA a demandé à McGill de lui montrer les documents qui témoignent de l’utilité de cette mesure, mais l’université lui a répondu «qu’il n’y a aucune raison de montrer [ces documents]».

Les groupes syndicaux MUNACA et l’AERUM sont visés, selon Whittaker. Il croit que c’est l’augmentation du salaire-horaire, gagnée suite à la grève syndicale de MUNACA de 2011, qui pousse McGill à changer ses procédures. Whittaker considère que McGill veut «punir» les employés de MUNACA par ce délai de paiement. Il ne trouve pas d’explication à cette nouvelle mesure, surtout que d’autres employés (administration, professeurs et professionnels) de McGill qui reçoivent aussi un salaire pour leurs heures supplémentaires, ne seront pas touchés.

L’administration de McGill explique que ces employés sont des travailleurs à salaire fixe, et que les employés syndiqués sont payés à l’heure, ce qui n’est pas une bonne raison selon Kevin Whittaker. «En fait, nous nous faisons réprimander parce que nous sommes un syndicat», dit-il au Délit.

Lynne B. Gervais, vice-principale associée aux ressources humaines de McGill explique toutefois dans un courriel envoyé au Délit que «tous les employés payés sur une base horaire, syndiqués et non-syndiqués, auront un délai de deux semaines, en Janvier 2014, à l’exception des employés de [l’union des employées et employés de service]».

Les membres de MUNACA ont déposé une plainte auprès de la Commission des relations du travail, en vertu de l’article 15 du code du travail au Québec, pour dénoncer les nouvelles mesures salariales prises par McGill et pour dénoncer  ce qu’ils perçoivent comme une attaque faite aux employés syndiqués de McGill. Le 9 décembre 2013, la plainte sera entendue au tribunal.
Kevin Whittaker espère que l’administration se montrera plus ouverte aux demandes des employés syndiqués. L’AERUM soutient cette plainte, et évalue ses propres options d’action pour le moment. Lynne B. Gervais dit toutefois que «la décision de l’université de procéder à ce changement est en conformité avec le Code du travail».

McGill a organisé des séances d’information pour les employés qui seront touchés par cette mesure. Kevin Whittaker a qualifié ces séances de «blagues». L’administration dit qu’elle est à l’écoute de ses employés, mais il croit que ces séances étaient seulement faite pour les relations publiques.

Sur un autre ordre d’idée, le salaire des tous les employés de McGill sera diminué de 2.2% à compter de l’année prochaine en vertu de l’amendement 24 du plan de pension. Cette mesure sert à compenser les déficits du plan de pension, ce qui peut représenter entre 120 et 200$ de salaire en moins par mois. Les employés syndiqués auront ainsi un double fardeau financier, comme l’explique le président de MUNACA.

 
Sur le même sujet:
14 janvier 2014
13 mars 2012
27 septembre 2011