Briser le silence
7 octobre 2013 - Image par Robert Smith
Un 8ème marche commémorative en mémoire des femmes autochtones assassinées et disparues.

Plusieurs centaines de personnes se sont réunies au square Cabot dans la soirée du vendredi 4 octobre pour la marche commémorative nommée «Sisters in Spirit» (SIS).  Cette marche est organisée depuis 8 ans en mémoire des femmes autochtones assassinées et disparues. Elle fait office de rappel quant à l’inaction du gouvernement fédéral sur le sujet.

 

Déroulement de l’événement

Manifestants, invités et associations telles que Idle No More, Quebec Native Women ou Missing Justice participent à la commémoration. La marche comporte plusieurs objectifs: honorer la mémoire de ces femmes, sensibiliser la population sur cette problématique, exiger que les gouvernements soutiennent les démarches des familles et des communautés, et faire en sorte que le gouvernement fédéral redonne à «Sisters in Spirit» son fond de recherche. Kelly, étudiante en Études féministes à l’Université Concordia temoigne au Délit sa volonté d’être présente a l’événement, car elle avoue être peu renseignée sur ce problème, bien qu’elle en reconnaisse l’importance.

Cette commémoration est l’initiative de Bridget Tolley, qui a lancé l’événement en 2005. La marche se répète chaque année à l’occasion de l’anniversaire du décès de sa mère, Gladys Tolley, morte après avoir été frappée par une voiture de police de la Sûreté du Québec. Selon les données officielles de l’Association des femmes autochtones du Canada, environ 600 femmes autochtones ont été portées disparues ou ont été assassinées depuis 1980. Toutefois, d’autres organismes estiment plutôt que le vrai nombre se situe autour de 3000. Les femmes autochtones sont sur-exposées à la violence. En effet, il a été prouvé que les femmes autochtones ont cinq fois plus de risque de périr d’une mort violente que les femmes non-autochtones au Canada.

 

Pourquoi un tel phénomène?

Patricia Eshkibok, une conseillère parajudiciaire pour les Premières Nations, indique au Délit que les origines d’une telle violence remontent à la séparation forcée des autochtones et de leurs terres, et donc de leur perte d’identité. Les politiques gouvernementales d’éradication, d’assimilation et de négation identitaire ont été une véritable violence faite aux Premières Nations, violence qui s’est ensuite perpetrée sur les femmes au sein même de leur communauté. La vie des femmes autochtones est donc marquée par un héritage de violences, qu’elles soient physiques, mentales ou sexuelles. À la base d’un tel phénomène se trouvent des problèmes d’injustice sociale et de racisme qui, comme l’explique Patricia, «sont au cœur de toutes nos expériences quotidiennes».

D’après SIS, la violence faite aux femmes autochtones s’explique non seulement par des politiques gouvernementales sexistes et racistes, mais aussi par la perpétration de stéréotypes négatifs à l’égard des femmes autochtones, par le manque d’attention médiatique à ce sujet, ainsi que par la négligence dont font preuve les forces policières.

 

Un gouvernement qui reste silencieux

Le gouvernement canadien continue d’ignorer les demandes de justice faites par les familles des disparues, tout en affirmant que c’est une question prioritaire. La preuve, il y a quelques semaines, le gouvernement Harper a refusé la demande de l’Organisation des Nations Unies (ONU) d’établir un rapport sur la violence qui touche les femmes autochtones. La plupart des meurtres et disparitions demeurent donc à ce jour irrésolus.

Pour SIS, le cruel manque de données sur le sujet est en soi une réalité qui constitue une autre forme de violence. En effet, malgré l’ampleur du problème, il reste peu médiatisé. Mélissa Dupuis, membre d’ Idle No More, dénonce le «syndrome de la femme blanche disparue», autrement dit, le biais médiatique qui entraîne la couverture disproportionnée des disparitions concernant les jeunes femmes blanches de classe moyenne supérieure, par rapport à la disparition de femmes d’autres ethnies ou classes économiques. Aurélie Arnaud, responsable des communications de Quebec Native Women, se bat pour la mise en place d’une Commission d’enquête générale sur la situation des femmes autochtones au Canada pour lutter contre la disparition non pas seulement physique, mais aussi juridique de ces femmes. Elle clame que «c’est en étant [à la marche] que les choses vont changer».

Cette commémoration se termine néanmoins sur une note positive. En effet, cette année a enregistré un nombre record de marches liées à cette problématique: plus de 200, et pas seulement au Canada mais aussi aux États-Unis, au Pérou, en Malaisie ou encore en Australie. Ceci témoigne donc d’une grande solidarité internationale et d’une prise de conscience croissante sur la violence perpétrée contre ces femmes.

 
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