L’urbanisme au féminin
17 septembre 2013
L’urbanisme se doit de prendre en compte les obstacles quotidiens des femmes.

Le Conseil des Montréalaises s’est réuni au Café-Bar de la Cinémathèque québécoise le 12 septembre afin de promouvoir la sortie de leur nouvelle vidéo «Demain, Montréal pour tous et toutes». Cette vidéo illustre comment le concept de l’Analyse Différenciée selon les Sexes (ADS) doit être appliqué au plan d’urbanisme de Montréal. L’ADS s’est progressivement développée dans plusieurs grandes villes du monde et a notamment guidé le développement de Berlin depuis plusieurs décennies. C’est un processus d’analyse visant l’égalité entre les sexes et qui cherche à discerner de quelle manière les projets urbains peuvent avoir des conséquences différentes sur les femmes et les hommes. L’idée est que chaque individu ne vit pas la ville de la même façon et que certains projets, sans conséquences pour les hommes, peuvent affecter de manière négative la vie des femmes. La sortie de cette vidéo accompagne le mémoire déposé à l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) mardi le 10 septembre,  à propos du Plan de développement de Montréal.

Le Conseil des Montréalaises, qui célèbrera ses dix ans en janvier prochain ,est une instance consultative composée de quinze membres bénévoles choisis parmi la population féminine montréalaise.

Le Conseil travaille avec l’administration municipale sur toute question liée à l’égalité entre les sexes ou à la condition féminine afin de «créer des espaces qui vont répondre aux besoins spécifiques des femmes», comme l’explique la présidente Cathy Wong. L’organisation est, par exemple, à l’origine du projet de la Société des Transports de Montréal (STM) permettant aux femmes de s’arrêter où elles le souhaitent entre deux arrêts de bus lorsqu’il fait nuit. Ce projet permet une plus grande sécurité et évite des situations jugées «à risque».

Les quinze membres se définissent comme des «Ambassadrices de l’égalité», leur devoir étant de s’assurer que Montréal est une ville adaptée à la réalité des femmes et à leur mode de vie, souvent différent de celui des hommes.

La domination sexuelle au travail

Marie-Pier Gingras, membre du Conseil depuis un an, dit avoir pris conscience de l’importance de ce combat lors de son entrée dans le monde du
travail : «On se rend compte progressivement que les hommes et les femmes, dans des situations totalement similaires, n’abordent pas le monde du travail de la même façon et ne sont pas perçus par les gens avec qui ils travaillent de la même façon. Tout ceci s’appuie sur une construction sociale qu’il est difficile de faire évoluer». Elle prend pour exemple l’étude réalisée dans des conseils d’administration au cours desquels on a demandé à un homme et à une femme de ne pas parler. Le silence de la femme est perçu par ses collègues comme un manque d’idées pertinentes à partager alors que le silence de l’homme est plus souvent interprété comme le fait qu’il attende le moment idéal pour s’exprimer.

Sensibilisation pour les jeunes femmes

En entrevue avec Le Délit, la présidente Cathy Wong rappelle l’importance de sensibiliser les jeunes femmes aux questions d’égalité entre les sexes afin de lutter contre des dynamiques socialement ancrées et souvent inconscientes qui participent à la discrimination quotidienne des femmes. Elle a réalisé son baccalauréat en sciences politiques à l’Université McGill dans les années 2000. Le magazine Playboy avait recruté des étudiantes de McGill pour faire une séance de photo en 2005. Elle explique : «Je voyais toutes ces filles très éduquées en cours avec moi se présenter à ces auditions et je ne comprenais pas pourquoi, malgré tout leur accomplissement scolaire et intellectuel, elles ressentaient le besoin de se sentir valorisées à travers ‘’le regard masculin’’ pour exister».

Cependant, ces dynamiques évoluent. En effet, Montréal témoigne d’une volonté de changement plus accrue sur ces questions que la plupart des grandes villes européennes (notamment en France, Italie et Espagne), comme l’explique Gregory Kamanda, présent à l’événement, qui effectue en ce moment un travail de recherche sur la dynamique des genres et la justice sociale.

 
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