Le communautaire s’en mêle
30 octobre 2012
Discussion au Café Campus sur l’importance de l’action communautaire.

C’est au premier étage du Café Campus, sous des projecteurs multicolores et une boule disco, que se sont retrouvées lundi dernier 150 personnes, toutes animées d’une même envie: non celle de danser, mais plutôt de partager avec d’autres leurs expériences dans le milieu communautaire.

Depuis maintenant dix ans, le Réseau Québécois de l’Action Communautaire Autonome (RQ-ACA) organise une «semaine nationale de visibilité», qui a pour but de «rendre visible le travail exceptionnel des 4 000 regroupements et organismes d’actions communautaires autonomes», selon leur site web. Avec les manifestations estudiantines toujours vives dans les mémoires, RQ-ACA a décidé cette année de voir grand: Josée Boileau, rédactrice en chef du journal Le Devoir, Francis Dupuis-Déri, professeur à l’UQAM et François Parenteau, membre du groupe humoristique des Zapartistes ont été invités pour donner à des militants passionnés leur point de vue quant au rôle de la communauté dans le climat politique actuel.

«Notre société ne parle plus des pauvres», a dit Mme Boileau, «on les a oubliés». Devant une avancée de la droite conservatrice, aussi bien au Québec que dans le Canada, les plus démunis, aux yeux de la journaliste, sont «exclus» de la vie politique. Il ne tient donc qu’aux groupes communautaires locaux et régionaux de faire un premier pas et d’offrir aux «analphabètes démocratiques» le droit à la parole.

Comment? Jean, militant depuis de nombreuses années, déborde d’idées: il faudrait «créer une tribune du peuple» ainsi que rendre plus visibles les Assemblés Populaires Autonomes de Quartier (APAQ), créées pendant la crise et «basées sur la volonté d’agir ensemble dans un espace non-partisan». François Parenteau, aussi militant et comédien, renchérit, en affirmant que l’humour est nécessaire pour faire passer le message et convaincre les «exclus» d’enfin se faire entendre.

Cependant, la tâche est loin d’être évidente. Le RQ-ACA s’est heurté au gouvernement, qui ne veut rien entendre, à de nombreuses reprises. Comme l’explique Mme Boileau avec une ironie désolée, il faut «se plier aux demandes de l’État pour contester l’État». Selon un autre invité, Francis Dupuis-Déri, «le parti Coalition Avenir Québec (CAQ) considère de son côté les groupuscules communautaires comme “des jaloux [qui ne] sont [que] pour l’immobilisme”».

Néanmoins, l’avancée sociale au sein de la communauté québécoise pendant et après la crise est indéniable. Erin Hudson, représentante communautaire à la production du journal The McGill Daily, raconte que «même si McGill n’était pas directement impliquée [dans la grève], les élèves ont voulu en savoir plus sur ce qui se tramait». Pour Milène, étudiante en Psychologie à l’Université de Montréal, les manifestations lui ont permis de devenir politiquement impliquée et d’enfin se battre pour une cause qui lui semblait juste. Une mère en colère a également pris la parole à ce sujet lundi soir: «Cette révolte a permis à différents groupes sociaux de se retrouver et de partager!», a-t-elle affirmé. Il ne tient maintenant qu’aux groupes communautaires qu’un tel partage subsiste.

Plongé dans l’ambiance électro du bar, qui ce soir-là faisait office de salle de conférence, c’est l’espoir qui se lit sur les visages. Celui que le RQ-ACA soit mieux reconnu par le gouvernement, autant au niveau local que national. Celui que le terme «communautaire» ne soit plus synonyme de «marxisme». Et que la voix soit donnée aux «exclus» et aux jeunes, pour un renouveau de démocratie. Le but est que le Québec puisse parler de changement, et ce sur une longue durée.

 
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