Un visage sur le changement climatique
23 octobre 2012 - Image par Lindsay P. Cameron
Pam Goss souligne l’impact des changements climatiques sur les communautés autochtones.

Le réchauffement climatique est un sujet souvent abordé comme une menace future. Pourtant, certaines communautés en ressentent déjà les effets. C’est le message que Pam Gross, Inuit originaire de Cambridge Bay (Nunavut), a transmis lors de l’atelier «Des voix autochtones s’expriment sur les changements climatiques», ce vendredi 19 octobre.

L’atelier était organisé par le Groupe de recherche d’intérêt public du Québec (GRIP) à McGill et l’Association Étudiante de l’Université McGill dans le cadre de la semaine «Culture Shock». Cet événement organisé chaque année a pour but «[d’]explorer les mythes concernant les immigrant(e)s, les réfugié(e)s, les autochtones et les communautés [victimes de racisme]».  Films, ateliers et débats étaient au programme de «Culture Shock» jusqu’au 20 octobre.

«Notre peuple voit des changements dans toutes les communautés», a expliqué Pam Gross vendredi. «Cela m’inquiète pour les générations futures.» Pam Gross fait partie de l’initiative «Conversations With the Earth» (CWE). Ce projet dénonce l’impact des changements climatiques sur les communautés autochtones à travers le monde – au Canada, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au Brésil et dans de nombreux autres pays -, communautés autochtones  qui sont exclues des négociations sur le climat à l’ONU.

C’est sous la forme de mini-séries vidéo que CWE informe sur cet impact. Durant l’atelier à McGill, Pam Gross a présenté deux vidéos: l’une sur «grandir à Cambridge Bay» et l’autre sur la fabrication d’un kayak traditionnel à partir de peaux de phoques. Pour elle, ces vidéos sont aussi un moyen de préserver la culture Inuit. «Enregistrer ce que nos ainés ont à dire est fondamental pour conserver notre culture, et rester qui nous sommes», dit Madame Gross. «Nos ainés ont beaucoup à dire parce qu’ils sont témoins des effets du changement du climat.»

Les effets associés aux changements climatiques au Nunavut sont nombreux. La pollution – par exemple celle provenant du charbon – se retrouve sous forme de mercure dans les bélugas et autres mammifères consommés par les Inuits. Cette pollution n’est pas sans conséquences pour la population, comme l’a rappelé le journal Nunatsiaq News début octobre, faisant état d’une étude démontrant le lien entre le taux de mercure et le risque d’hyperactivité chez les jeunes.

Certains mammifères, comme les baleines et les bélugas, s’approchent aussi anormalement près des côtes du Nunavut. «Il faut se demander pourquoi est-ce que ces baleines viennent jusqu’à nos baies», a relevé Pam Gross.

La fonte des glaces est un autre grand sujet préoccupant. «Nos communautés sont côtières. Si ce que les scientifiques prévoient est vrai, nos eaux vont monter d’un mètre», dit Mme Gross. «Ce mètre-là signifie beaucoup pour notre peuple.» Avec la fonte, la circulation des navires marchands dans le passage du Nord-Ouest s’accroît considérablement.

Pam Gross soutient que les effets des changements climatiques affectent la plupart des communautés autochtones à travers le monde, mais de façons différentes. Certaines communautés au Pérou sont affectées par des précipitations inhabituelles. Pour d’autres, par exemple au Kenya, c’est la sécheresse qui sévit.

Une menace pour la culture 

En entrevue avec Le Délit, Pam Gross a affirmé que la plupart des gens sont au courant des changements climatiques. Son travail est plutôt de donner une voix à son peuple. «Ils peuvent mettre un visage [sur le changement climatique] au lieu d’avoir simplement un livre.»

Ces changements climatiques posent aussi un risque pour la culture traditionnelle des Inuits. «Notre peuple a été très ingénieux avec nos ressources et tout ce qui nous entoure.» «Ils ont appris comment survivre avec un climat très dur pendant des milliers d’années», explique Gross.

Il reste beaucoup à faire, surtout lorsqu’il s’agit d’éduquer la population sur ce que les Premières Nations doivent affronter. «Ce devrait être obligatoire au secondaire d’avoir un cours sur les Premières Nations, et les problèmes auxquels ils doivent faire face», dit Gross. «Le changement climatique en est une nouvelle facette».

 
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