Apocalypse zombie
23 octobre 2012
Âmes sensibles s’abstenir

Après les menaces de fin du monde, les prédictions mayas et les catastrophes naturelles, ce sont les zombies qui prennent, depuis quelques années déjà, une place de plus en plus importante dans l’imaginaire post-apocalyptique collectif. Ainsi, le samedi 20 octobre, plus d’une centaine de «zombies» se sont réunis sur la Place des Festivals, point de départ d’une Marche qui, après un parcours sur la rue Sainte-Catherine et le Vieux-Port, s’est terminée aux Katacombes, célèbre salle de concerts du boulevard Saint-Laurent.

L’événement a provoqué un engouement impressionnant. Place des Festivals, de nombreux stands proposant maquillages et accessoires plus vrais que nature étaient installés, et, dans la foule nombreuse, les badauds et les journalistes côtoyaient des gens zombifiés: hommes, femmes et enfants de tous âges étaient réunis autour d’un sujet ludique, mais peut-être, malgré tout, révélateur des angoisses de la société actuelle. Si assister à la préparation des costumes et des maquillages était en effet plutôt amusant, l’atmosphère changea considérablement une fois que, les zombies rassemblés, la marche put débuter. En effet, chacun était vraiment dans son rôle, et le cortège résonnait de râles, de cris et de grognements divers, poussés par des zombies traînant des pieds et aux mouvements saccadés. Des litres d’hémoglobine coulaient le long des (faux) membres coupés et détrempaient les chemises tachées ou les robes de mariées déchirées. Les personnages étaient variés: des joueurs de baseball, des écoliers, des serveuses – il était même possible d’apercevoir quelques Pikachu et des hommes à masques de cheval. De la diversité, avec un point commun: tous semblaient avoir été contaminé par le virus zombie, et le sang et les blessures de chacun insistaient sur leur caractère monstrueux.

Pour les badauds, au bord de la route, le spectacle était à la fois amusant et effrayant. Si chacun affichait un large sourire, il n’était pas rare d’entendre des gens crier lorsque l’un des zombies s’approchait un peu trop près ou poussait un hurlement soudain.
Épidémie zombie
L’intérêt pour le phénomène zombie a augmenté depuis le début des années 2000, avec notamment le succès de la série télévisée The Walking Dead. Cependant, les événements des derniers mois ont probablement contribué à l’accentuer. Rappelons par exemple l’histoire de l’homme surpris à Miami en train de dévorer le visage d’un sans-abri, ou encore le scandale Magnotta, jugé à Montréal en juin dernier et les rumeurs concernant ces nouvelles drogues, les «sels de bain» qui provoqueraient des crises poussant au cannibalisme.

Dernièrement, même la science s’est emparée de l’idée. À l’Université de Glasgow, il est ainsi possible de s’inscrire à l’Institut d’Études Théoriques sur les Zombies (The Zombie Institute for Theoretical Studies). Internet et les réseaux sociaux se sont aussi fait les relais du phénomène: des groupes se sont constitués sur Internet, donnant des conseils sur comment survivre en cas d’une éventuelle attaque zombie. Le site tuezlestous.com se veut ainsi «le site de la culture zombie». La peur semble parfois bien réelle, au point que le gouvernement américain s’est vu dans l’obligation dans un communiqué du CDC (Center for Disease Control and Prevention) de rassurer la population. Dans un article du Los Angeles Times daté du 4 juin 2012, on peut ainsi lire que «le CDC a officiellement annoncé qu’aucune attaque de zombie n’est envisageable […] et qu’aucun virus n’a été découvert qui serait capable de transformer les hommes en zombies». Alors, comment comprendre l’ampleur prise par le phénomène? Pourquoi cet intérêt soudain? Une simple distraction, à l’image de l’attrait pour les super-héros éprouvé dans les années 90? Un phénomène de masse, qui ne doit son succès qu’à la crédulité de tous?

En assistant à la Marche, on ne peut pourtant pas s’empêcher de penser que cet imaginaire «Apocalypse Zombie», reflète des angoisses bien réelles: celles d’une génération qui se retrouve aux prises avec des peurs qui la dépassent, des peurs elles aussi invisibles —bombes atomiques, crise financière, épidémies—, mais irrémédiablement présentes. On est tenté, il est vrai, de voir cette marche comme un simple événement culturel, et de considérer avec hauteur ceux qui semblent vraiment croire à la menace zombie. On est tenté de rire face à la prolifération des recherches, face aux listes de choses à avoir chez soi en cas d’attaque. Mais attacher ses angoisses à un monstre imaginaire est peut-être un moyen inconscient de tenter d’exorciser ses peurs face au monde réel. Organiser une marche, c’est montrer les zombies aux yeux de tous, c’est rire de ces créatures monstrueuses tout en en ayant peur. C’est montrer une angoisse face à la société actuelle, en tentant de la mettre à distance par le biais de l’imaginaire.

 
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