De la politique du Nobel
16 octobre 2012
Voilà, une saison de Nobel s'est terminé!

Voilà, une saison des Nobel s’est terminée!

Et hier, dans un magnifique équinoxe médiatique, le Prix Nobel d’économie a été décerné aux américains Roth et Shapley pour leur travail sur l’optimisation de l’offre et la demande. La mémoire pleine d’images et d’émotions, l’excitation retombée, il est maintenant venu le temps des bilans, le temps du souvenir de cette éphémère semaine automnale.

Quelle excitation nous nouait l’estomac avant l’annonce du Prix Nobel de médecine attribué au britannique John Gurdon et au Japonais Shinya Yamanaka pour leur travail sur les cellules souches? Quelle impatience nous faisait piétiner mardi matin à l’annonce du Prix Nobel de Physique, donné au français Serge Haroche et à l’américain Dane Wineland pour leurs travaux sur les particules quantiques?

Quel bonheur que le prix Nobel de chimie soit allé mercredi aux américains Kobilka et Lefkowitz pour leur études des récepteurs couplés aux protéines G. Nous nous sentions intelligents pendant les annonces, confiants dans notre compréhension de ces sciences avancées. Finalement ce cours de physique de secondaire a servi à quelque chose à part nous mener la vie dure. Et nous ne pouvions qu’être soulagés de ne pas voir un autre Européen récipiendaire du Prix Nobel de Littérature et qu’acquiescer du choix du chinois Mo Yan. Ainsi, dans l’attente de la prochaine saison des Nobel, on ne peut que complimenter les experts des comités des prix Nobel pour leurs choix judicieux.

Choix judicieux, vraiment, que l’Union Européene ait reçu le prix Nobel pour «avoir contribué pendant plus de six décennies à promouvoir la paix, la réconciliation, la démocratie et les droits de l’homme en Europe». Profanes, nous ne gratterons pas la surface, ni ne trouverons à redire à cette justification, à ce choix presque providentiel. Providentiel, que dis-je? J’entends déjà crier au sacrilège! Il n’y a aucune coïncidence entre la remise du prix et la tourmente économique et sociale que L’Union Européenne traverse en ce moment. Ce prix ne serait-il vraiment pas une accolade amicale d’un Européen à un autre, façon de se dire bon travail, continuons.

Il n’y avait non plus aucune coïncidence entre la remise du prix et l’entrée de Barack Obama à la Maison Blanche en 2009, le premier noir américain à rentrer à la Maison Blanche. L’Europe est universellement reconnue comme terre d’égalité des droits; entre les expulsions forcées des Roms ici et là, les lois discriminantes à l’égard des musulmans et interdiction des marches de fiertés dans certain pays, on ne peut que se féliciter de la situation. En 2009, Barack Obama, quelques mois après son investiture avait déjà «renforcé la diplomatie et la coopération internationales entre les peuples», si bien que l’on voit toujours les fruits d’un tel travail dans le renforcement des sanctions américaines contre l’Iran ou dans l’inaction occidental dans le conflit syrien.

Profanes, nous nierons tout – ce ne sont que des coïncidences. Les experts savent ce qu’ils font et n’oseraient jamais faire de la politique. Ce n’est pas dans l’esprit de Nobel, grand esprit qui a récompensé de grands hommes et femmes de la paix telle que Mère Theresa et Nelson Mandela, pour ne citer qu’eux. Profanes, nos esprits apaisés, réconfortés, qu’un travail ait été récompensé à juste titre dans la plus grande tradition du prix Nobel, nous passerons de délicieuses soirées, un verre à la main, au bon souvenir de cette semaine jusqu’à la prochaine saison.

 
Sur le même sujet: