Les Zap à la conquête du centre
11 septembre 2012
Le groupe des cinq humoristes politiques a galvanisé la foule lors de la soirée électorale.

La salle était comble, survoltée et surtout anti-Charest au Club soda le mardi 4 septembre dernier alors que le public des Zapartistes a pu se gargariser à souhait des maintenant classiques «la loi spéciale on s’en câlisse» et des «chou, Michou!» en attendant le dévoilement des résultats électoraux… plutôt satisfaisants.

Pour tous les détracteurs du Parti libéral du Québec, le spectacle des Zapartistes le soir des élections relevait de la jouissance. Intrinsèquement anti-droite, anti-capitaliste et anti-mou, (pour reprendre le thème de la soirée), Christian Vanasse, Brigitte Poupart, Vincent Bolduc, François Patenaude et Jean-François Nadeau ont su voler la vedette aux chefs des principaux partis.

Le spectacle a pris son envol avec un retentissant «On espère fêter la fin du règne de Jean Charest ce soir!», expulsé par un Christian Vanasse dans une forme superbe.

Pour une heure, les Zap faisaient leur spectacle (revue de presse, imitations, musique et chansons), puis, ils baissaient un écran pour que la salle voie en direct le déroulement de la soirée électorale à Radio-Canada. La soirée se terminait par un discours de chaque chef.

Imitations réussies
Christian Vanasse, Brigitte Poupart et Jean-François Nadeau ont volé la vedette grâce à des imitations incroyablement bien jouées et au charisme qu’on leur connaît. Vincent Bolduc et François Patenaude sont quant à eux restés égaux à eux-mêmes, sans grandiloquence, mais sans accroc non plus.

En revenant sur le mouvementé printemps 2012, les Zapartistes ne se sont pas trompés: la foule avait soif d’entendre parler des protestations étudiantes qui s’étaient éclipsées des thèmes de campagne au cours du mois d’août.

Comme toujours, les Zap ne se sont pas gênés d’écorcher le gouvernement libéral et son chef Jean Charest, leur tête de turc depuis la fondation du groupe en 2001.

«À tous ceux qui se sont faits arrêtés, on n’a que cette phrase à dire: Quand les bandits sont au pouvoir, l’honnête homme est en prison», a cru bon réciter Christian Vanasse en faisant référence au nombre d’arrestations exagérées du «printemps québécois».

Après une revue de presse pimentée par l’humour acerbe des cinq acolytes, les Zapartistes ont généreusement ridiculisé les différents acteurs de la campagne électorale, les slogans des partis, ainsi que leurs chefs en reprenant les personnages qu’on leur connaît bien.

Le Georges Brossard de Vincent Bolduc, par exemple, a énuméré les insectes qui sortent lors des campagnes électorales. Très à propos, il a mentionné entre autre le «ver solidaire qui n’est là que pour faire chier toutes les autres bibittes».

Le Jean Charest de Jean-François Nadeau, le nez en sang et les cheveux en bataille puisqu’il s’est fait battre dans son comté était au-delà de ce qui pouvait être espéré de ce nouvel humoriste dans le groupe des Zapartistes. La salle s’est trouvée face à unedilemm: crier «CHO!!» à Jean Charest ou applaudir Nadeau?
Les libéraux ne sont pas les seuls à écoper.

La Pauline Marois de Brigitte Poupart s’est elle aussi démarquée par son constant roucoulement et ses manières bourgeoises qui se transforment en une rage incontrôlable contre les dissidents de son parti. Imaginez Pauline Marois se rouler par terre en hurlant et vous aurez une idée de l’extrait.

Le François Legault de Christian Vanasse avait visiblement des problèmes d’élocutions, ce qui lui donnant un air niais, mais ô combien ressemblant. Sa tactique électorale de répèter en boucle et sans autre contenu ses phrases chocs comme «médecins de famille», «Bataille d’autobus» et «faire le ménage» a fait hurler de rire l’auditoire.

Le Jean-Martin Aussant de François Patenaude a malheureusement manqué de travail. Il n’était pas reconnaissable (outre le fait que Patenaude lui ressemble comme deux gouttes d’eau) et n’a fait rire personne. Le parti est encore jeune et c’était la première apparition d’Aussant. Espérons qu’il y en aura d’autres.

Si Vincent Bolduc ne s’est pas démarqué au courant de la soirée, il a toutefois réussi à sauver sa tête avec son interprétation de Françoise David en communiste-hippie soudainement hautaine qui chasse son collègue Amir Khadir de la scène.

LE moment culminant de la soirée est sans contredit lorsque le premier ministre Jean Charest a été défait dans son propre comté. Ça a d’ailleurs donné lieu à l’unique ovation debout de la soirée. Dans un moment d’amour-de-sa-patrie-partagé, les spectateurs se sont embrassés, enlacés, félicités. On se serait cru à Noël.
Et c’est là tout le brio des Zap.

Autant ils savent relever le discours à la hauteur de l’humour intelligent, autant ils excellent à faire vibrer les cœurs des gens qui les écoutent. L’amour du Québec est en cause, mais c’est l’impression d’appartenir à un grand peuple et d’en être responsable qui prévaut.

Impossible, par exemple, de ne pas réagir aux propos de Brigitte Poupart, qui incarne l’Autochtone qui n’a pas voté par ce qu’elle «ne se sent pas concernée». Ce genre de moment n’est pas drôle, il est poignant. Il donne peut-être envie de pleurer ou génère une culpabilité collective, mais il ne laisse personne indifférent.

 
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