Ils portaient le rouge
16 juin 2012
Sans surprise, les Loco Locass affichaient les couleurs du mouvement étudiant aux FrancoFolies, le 15 juin dernier.

«On est plus que cinquante», a ironisé le groupe de rappeurs engagé, peu de temps après son entrée sur la scène Loto-Québec pour la neuvième soirée des Francofolies.

Toma Iczkovits

Habillés de rouge, frayant avec des artistes engagés, scandant des «Le Québec est mort, vive le Québec», les Loco Locass exprimaient sans détour leur appartenance au mouvement étudiant. D’ailleurs, le groupe de l’École de la Montagne Rouge, des jeunes artistes en design graphique de l’UQAM à l’origine des slogans comme «Le printemps érable», se trouvaient sur scène pour créer des œuvres inédites à distribuer au public (t-shirt, toiles, etc).

«Les artistes qui soutiennent des causes politiques donnent un élan au mouvement [étudiant], soutenait Serge Nadeau, un homme supporter des Loco Locass présent au spectacle, une soirée comme celle-ci crée un momentum.»

En effet, ils étaient nombreux à attendre avec impatience que le groupe entame sa chanson emblématique «Libérez-nous des libéraux». Ce n’est toutefois qu’après avoir interprété une mixture de nouvelles créations et de titres plus connus que le groupe s’est réellement prononcé sur le contexte politique actuel.

Pour le groupe de rappeurs, les slogans scandés dans les manifestations sont de vraies perles. «Les manifs nous inspirent» a annoncé Chafiik avant de lancer un jam sur le thème du slogan «La loi spéciale… on s’en câlisse». Le groupe a ensuite invité la foule à s’asseoir pour observer une minute de silence.

Ce n’est que vers 21h30 que les Loco ont dévoilé la surprise éventée dans les médias : les leaders étudiants Martine Desjardins, Éliane Laberge, Gabriel Nadeau-Dubois et Léo Bureau-Blouin sont montés sur scène.  Ils n’ont toutefois pas eu le droit d’y tenir un discours. Selon les Loco Locass, et confirmé par la FEUQ, il y aurait eu des pressions pour qu’il n’y ait pas de discours politique.

Anabel Cossette Civitella, Le Délit

D’après les organisateurs des FrancoFolies, l’événement encourage les spectacles sans teneur politique. Les Loco Locass se sont donc fait dire qu’aux FrancoFolies, les artistes ont le droit de se prononcer politiquement, mais ne peuvent inviter sur scène aucun groupe politique, aucune œuvre de charité, etc.

Pourtant, après vérification, personne des FrancoFolies n’a empêché la tenue des discours hier. Après la sortie de Jean Charest pour que le groupe Mise en demeure ne fasse pas partie de la Fête nationale à Québec, les pressions pour empêcher les leaders étudiants de se prononcer lors du spectacle semblent avoir la source.

Quoique personne ne sache exactement d’où cela provient, les musiciens ont commenté en déplorant que «c’est la pression du capital, la pression politique, c’est là qu’on en est rendu au Québec», avant d’enchaîner que la seule manière de résoudre la situation serait de défaire les libéraux en allant voter aux prochaines élections.

Du côté des organisateurs du festival, la situation a commencé à être délicate juste avant le spectacle des Loco Locass lorsque des gens ont appelé pour indiquer qu’ils ne voulaient pas entendre les leaders étudiants sur la scène du groupe.

Certains spectateurs n’étaient donc pas d’accord avec la mixture politique étudiante et spectacle culturel. «Nous avons répondu aux gens qui manifestaient leur mécontentement que nous espérions qu’ils apprécient le festival quand même, c’est tout», souligne une porte-parole des FrancoFolies. «Nous ne pouvons pas restreindre la liberté des artistes, surtout pour un groupe comme les Loco Locass. Dans la situation actuelle, il aurait été difficile de faire autrement».

Même si aucun discours politique n’a pu être prononcé sur la scène, Gabriel Nadeau-Dubois s’est tout de même permis d’imiter le premier ministre Jean Charest aux premiers accords de la dernière chanson, devant une foule survoltée.

Après le spectacle, une centaine de manifestants se sont rejoints pour marcher dans les rues de Montréal. Le tout s’est déroulé au son des tambours, sans que la police anti-émeute n’intervienne.

 


 
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