Remise de prix, performance oratoire et postillons
13 septembre 2011
Pour la quatrième année consécutive, le Mouvement souverainiste du Québec (MSQ) remet le prix Pierre-Bourgault pour l’engagement à la cause souverainiste.

Ça sentait fort le nationalisme dans la petite salle du Théâtre Plaza le 9 septembre dernier. Dans cette pièce aux allures de chambre bleue de l’Assemblée nationale, l’effervescence était à son comble lors de l’annonce du prix Pierre-Bourgault, remis cette année au groupe de rap québécois Loco Locass. Se réunissaient des jeunes et des boomers, des groupes et des âmes solitaires, tous venus célébrer une cause commune: le souverainisme. Afin de rappeler la mission du groupe, les initiales du Mouvement souverainiste du Québec (MSQ) et les fleurs de lys étaient placardées abondamment sur les murs et les tribunes.

Daniel O’Brien
C’est il y a trois ans, à La boîte à Marius, que le MSQ a commencé à donner une voix aux jeunes artistes amateurs qui voulaient s’exprimer au sujet de l’indépendance du Québec. Le 9 septembre dernier, pour la quatrième année consécutive, en plus de mettre en vedette différents jeunes artistes, le Mouvement récompensait le travail de Loco Locass, qui fait parler de lui depuis une dizaine d’années.

En ouverture, le groupe Minuit moins cinq faisait hommage à un texte de Loco Locass. Se succédaient ensuite des locuteurs de tous genres, des slameurs aux comédiens en passant par les politiciens. Hubert Lemire, un jeune comédien «qui n’avai[t] que 12 ans lors du dernier référendum», a su faire vibrer la salle grâce à un discours bien maîtrisé et admirablement bien tourné, une analogie brillante du Québec, femme de Canada. Son discours, plein d’intelligence et de vérité, mettait en évidence les divergences de valeurs, d’opinions et de culture entre la province et le pays qui se sont «mariés» il y a de cela 150 ans. Lors du mariage, «il n’y a pas eu de bec pour le Québec. Pas non plus de french kiss, car Canada does not speak French», racontait-il avec lucidité. Alors que Québec souhaite quitter Canada en conservant la garde des enfants de cette union, les Québécois; le Canada se rebute, se dote d’une constitution et fait chambre à part. Il prend même huit autres femmes! La délicieuse analogie se concluait par l’apologie du français et du verbe être, plus facile à conjuguer que le verbe avoir et si approprié à la phrase «Je suis libre».

Daniel O’Brien

Après cette performance pleine de verve, suivait la remise de prix par l’ex-premier ministre Bernard Landry et la veuve de Pierre Falardeau. Les Loco Locass, émus, ont eux-mêmes pris le microphone: «Le ciel n’est pas si gris puisque les jeunes qui nous ont fait hommage aujourd’hui ont commencé bien avant nous!» S’ensuivait une autre série de discours d’une intensité surprenante. Pierre Curzi, notamment, dans une allocution désespérément longue, s’enflammait au sujet de la langue: «La parole, c’est la manière humaine de créer la réalité. Mort au silence, vivent les mots!» Rouge, gesticulant, postillonnant, Pierre Curzi s’agrippait avec force au pupitre pour ne pas s’envoler dans la verve de son discours à la nation. Dans ce tourbillon de bruits et de mots, l’auditoire ne pouvait que s’envoler à son tour dans le nationalisme que présentait le spectacle politique Libérez-nous des langues de bois.

 
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