Lesbianisme teinté de bleu
9 janvier 2012
Considéré par Le Figaro comme un «hymne à l’amour», récipiendaire du prix du Public 2011 d’Angoulême, Le Bleu est une couleur chaude (Glénat) de Julie Maroh est un roman graphique et sensible, presque poétique.

Des émois féminins

Rempli d’une grande tendresse, Le Bleu est une couleur chaude raconte la destinée de deux jeunes filles qui se découvrent, se désirent, s’aiment, se heurtent, apprennent à se comprendre et à affronter le regard de l’autre. L’album est construit sous le signe de la fatalité ainsi que l’annoncent les premières lignes : «Mon amour, lorsque tu liras ces mots, j’aurai quitté ce monde.».

Le récit est divisé en deux parties : d’abord, les années de lycée et les premiers émois de Clémentine, sa rencontre avec Emma, cette jeune fille plus âgée dont les cheveux bleus font fureur dans des pages grises et sépia. Ces feuilles mornes se mouraient pour un peu de couleur – tout comme la vie de Clémentine.

La deuxième partie couvre la maladie de Clémentine, sa dépression, les médicaments, puis sa mort. Le récit, rétrospectif, est raconté par Clémentine à Emma sous la forme d’un journal intime puis d’une lettre. La technique narrative facilite l’identification du lecteur aux héroïnes, ou du moins lui permet de s’en rapprocher.

La thématique amoureuse et le style d’écriture pousseront certains à considérer cette lecture comme «adolescente». Pourtant, s’il est certain que l’album ne s’adresse pas à tous, il reste un beau livre aux nombreuses qualités.

La couleur chaude

Parmi les points forts du livre, notons les couleurs qui, en plus d’être agréables à l’œil, ajoutent à la narration. Impossible de ne pas se laisser séduire par ce bleu qui apparaît à chaque page et qui, d’abord éphémère, finit par dominer toute la palette.

On aime le style réaliste, un peu naïf et même juvénile du dessin, qui colle bien à la thématique. L’écriture, parfois très simple, est ponctuée de quelques fautes qui ajoutent à la véracité du récit. Soulignons aussi la lenteur de la narration, qui permet de ne pas se précipiter de clichés en clichés, ou de se perdre dans des réflexions philosophiques éloignées de la réalité. Car il s’agit d’abord de mettre en scène la réalité du quotidien de ces jeunes femmes en quête de sens, avant d’introduire une réflexion sur l’homosexualité, la tolérance et la bisexualité. Certes, on est porté à réfléchir, mais on ressent surtout les doutes, les incertitudes, les espoirs et les sentiments des deux héroïnes. Les silences et les regards qui occupent en grande partie des pages de la bande dessinée permettent de véhiculer une histoire touchante, dans laquelle chaque geste, justement peint, est poignant de tendresse, de violence et d’amour.

Aucune lourdeur donc dans cet album qui traite d’un sujet délicat avec tact et douceur. Un livre qu’on recommande chaudement à ceux que la thématique intéresse ainsi qu’aux curieux.

 
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