L’enfance dans une valise
11 janvier 2011
Dans l’excellent premier tome de Vogue la valise, Siris explore avec originalité l’univers des services sociaux qu’il a lui-même connu dans sa jeunesse.

Récit très personnel puisque en grande partie autobiographique, Vogue la valise met en scène la famille de Renzo Sioris, un alcoolique dont les déboires influencent malheureusement beaucoup la vie de ses proches. Prenant pied dans un univers réel bien que romancé, l’album Vogue la valise explore la déchéance et l’éclatement d’une famille dont les cinq enfants sont confiés aux services sociaux et se retrouvent dans des familles d’accueil parfois peu accueillantes.

Gracieuseté des éditions La Pastèque
L’album suit d’abord le personnage de Renzo, son accident de bateau et sa rencontre, dans une usine d’armement en 1940, avec Luce, sa future femme. La vie des jeunes amants est rapidement bouleversée par l’alcoolisme de Renzo qui l’empêche de trouver un travail et de prendre en charge ses enfants, un à un confiés aux services sociaux. L’histoire se clôt sur les errances de foyer en foyer du petit dernier, La Poule. Ce personnage, s’il est le seul à ne pas avoir une apparence humaine, comme l’indique son prénom si particulier, est pourtant profondément humanisé et participe pleinement à la réussite touchante de ce sombre récit.

Loin d’être un récit drôle ou léger, Vogue la valise raconte, dans un humour tendre et corrosif, une histoire dramatique sur fond de critique sociale. Les commentaires de la voix narrative, qui créent une certaine distance avec l’histoire, la pimentent d’humour décalé et permettent au lecteur de compatir avec les personnages, sont toujours justes et réfléchis. Avec ce que l’on pourrait presque considérer comme de la poésie et à travers un regard acide et pertinent, Siris aborde des thèmes durs dans un dessin décalé et richement coloré, toujours justement lié à la narration. L’équilibre entre l’humour et le propos, dans le dessin comme dans le récit, permet d’ailleurs au bédéiste d’insuffler de la tendresse dans ce récit dramatique qui semble sans espoir. En outre, le découpage de l’album en cases irrégulières et variées permet à l’auteur de surprendre et de charmer son lecteur. Les cases multiformes qui se chevauchent et sa mise en page éclatée enrichissent ainsi considérablement non seulement les planches en elles-mêmes, mais aussi le récit.

Il semble même important, en considérant Vogue la valise, de mentionner jusqu’à la beauté de l’objet, ce livre dont la couverture séduit dès le premier contact, les éditeurs de la Pastèque ayant fait de cet album un véritable bijou qu’on prendra plaisir à mettre en valeur dans sa bibliothèque.

Vogue la valise est une bande dessinée d’une grande richesse comme on aimerait en lire plus souvent, tant du point de vue du dessin que de l’histoire. Une excellente découverte qui, sans aucun doute, laissera en haleine les lecteurs pour le deuxième tome.

 
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