Le mur, l’affiche
15 novembre 2011
Philippe Ducros présente une nouvelle fois, à la demande générale, sa pièce L’Affiche dans la métropole.

Les Montréalais ont une dernière chance d’entrer dans le douloureux univers de l’occupation de la Palestine. Il préfère la route aux bancs d’école. Son sac à dos se trimballe dans plus d’une vingtaine de pays d’Amérique, d’Europe, d’Afrique et d’Asie. Les Éditions Lansman publient ses carnets de voyage, La rupture du jeûne, il y a quelques années. Certes, Philippe Ducros a sa méthode propre, son angle bien à lui. Riche de ses expériences personnelles, il présente un regard vif et moderne sur la détresse humaine, avec pour trame de fond le conflit israélo-palestinien. Son texte, aussi profond que bouleversant, donne voix à toute une trame de personnages. D’abord, il y a Abou Salem, un imprimeur d’affiche de martyrs. Ensuite, on retrouve un soldat du nom d’Itzhak. Entre les deux il n’y a que leur famille et un mur d’incompréhension.

Photo: Frédérico Ciminari

En écrivant cette pièce, Ducros a une idée bien en tête. «J’essaie de ne condamner personne. C’est sûr que je condamne l’occupation, mais pas les personnages qui en font la promotion.» Car, il faut imaginer qu’après avoir effectué plusieurs voyages dans la région, il comprend désormais ce que signifie réellement le mot «misère». Qui plus est, cette grande humanité se traduit chez ses personnages, malgré l’omniprésence de la violence.

En fait, Philippe Ducros a même cru bon de se réserver la mise en scène de la pièce, pour avoir l’opportunité de faire passer son message avec le plus de justesse et de subtilité, puisque la sensibilité du sujet est évidente. Toutefois, il choisit de ne pas utiliser de gant blanc et se donne toutes les ressources pour venir interpeller le spectateur. Son travail à ce niveau est impeccable, la mise en scène est polie et raffinée. Son symbolisme poétique frappe en plein cœur. Cette nuance rend hommage à la beauté du langage utilisé.

De plus, il faut dire que la pièce est admirablement rendue par la troupe de comédien. François Bernier est convaincant dans son rôle de soldat tourmenté, Denis Gravereaux fait preuve d’un grand sens d’adaptation et de justesse dans chacun de ses personnages et Isabelle Vincent incarne à la perfection cette mère brisée. Les Mongeau, Moreau, Pilon, Quesnel et Soleymanlou sont aussi excellents, d’autant plus qu’ils ne peuvent se retirer du regard des spectateurs vu la disposition de la pièce. En effet, il joue sans repos pour le plus grand plaisir de ceux-ci et ce deux heures durant.

Et s’il n’y a pas de quoi s’ennuyer avec les décors prenants, les jeux de lumière et de sons judicieux, tout comme les costumes savants, le spectateur trouvera peut-être le temps long en fin de pièce. Malgré tout, elle est une réussite sans équivoque et obligera peut-être, qui sait, l’Espace libre à lui ouvrir ses portes pour une troisième fois. En attendant, ne jouez pas avec le feu et allez voir la pièce au plus vite.

 
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