Écrivain de la photographie
15 novembre 2011
Mercredi matin, Un colis à ma porte. Je l’ouvre et découvre la nouvelle parution de la revue photographique française 6 mois, prête à être dévorée des yeux.

C’est en commençant à la feuilleter que m’est venue l’idée d’en savoir davantage sur le récit photo. Cette revue sur le photojournalisme, créée en début d’année, compte environ 250 pages et présente des séries photographiques qui peuvent atteindre parfois une trentaine de pages sur des sujets du monde entier.

Récit photo de Duane Michals
C’est une pellicule qui se déroule sous nos yeux, une narration fluide et percutante qui est imprimée sur du papier de qualité. Ce genre photographique monte en flèche ces dernières années. On a pu le constater par exemple dans la dernière exposition réalisée par World Press Photo 2011 qui montrait au moins deux récits photos, l’un sur la tentative de sauvetage d’un homme lors d’une montée des eaux et le second sur l’expansion de la nappe pétrolière lors de la catastrophe du golfe du Mexique.

À ne pas confondre avec le roman photo qui est souvent niais et obscène, apparu dans les années 50 et qui s’apparente visuellement à un graphisme de bande dessinée, le récit photo intègre peu de matière textuelle et repose uniquement sur le pouvoir narratif de l’image. Il se compose d’une suite de photographies mises bout à bout qui peuvent s’enchaîner sur une musique et être mises en mouvement ou plus simplement laisser au «lecteur» le libre choix de changer de vue quand bon lui semble.

Cet usage séquentiel de la photographie a été grandement expérimenté par Duane Michals qui a prononcé ces mots célèbres: «La plupart des photographes sont des reporters, moi je suis un écrivain de la photographie». Né en 1932 en Pennsylvanie, il associe texte et image en légendant ses séries photographiques pour créer son propre langage appelé «la narration séquentielle». Amoureux des images surréalistes, il nous embarque dans son univers truffé d’apparitions, de reflets, d’illusions et d’irréel.

Il pratique la double exposition qui tend vers une dissolution des identités et des sujets malgré la technique, qui n’est pas son fort: «On n’a jamais entendu Hemingway parler de la marque de sa machine à écrire!» dit-il avec humour. Quel effet la lecture d’un récit photo produit? Comment le différencie-t-on d’une séquence cinématographique, quel est le propre de cet art? Dépourvu de voix et de mouvements, le récit photo dégage une impression de lenteur contemplative et offre une vaste possibilité d’interprétations.

L’histoire est découpée en clichés sur lesquels l’œil se doit de buter et d’enregistrer chaque menu détail. L’observateur, à qui on donne le droit de bâtir son récit, a ainsi le choix de suivre le récit du début à la fin, de sauter une étape ou même de le lire à l’envers. En parallèle, des photographes comme Sophie Calle ou encore Chris Marker ont été reconnus pour leurs travaux de même nature.

 
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