La chaise est vide…
1 novembre 2011
L’histoire absurde d’un réparateur de machine à tuer.

Un pauvre concierge est devenu la fierté de son pays d’adoption, les États-Unis, et de son père et prédécesseur, grâce aux perfectionnements ingénieux qu’il apporte à la machine à tuer. Plutôt que l’exécution à la chaise électrique dont nous nous apprêtons à être les témoins, nous assistons à la perte de contrôle, la déliquescence du technicien de la chaise, Louis Joseph Renatus Todd. Tout comme l’électricité et la lumière qui étaient devenues l’obsession de son idole Thomas Edison, Todd disjoncte.

Crédit photo: Michel Eid
Il ne s’agit pas d’une pièce historique, bien qu’elle utilise des éléments de l’histoire pour ancrer une trame narrative assez décousue. On revisite le passé de ce personnage pour comprendre ce qui le pousse à tuer son collègue, à tenir la salle en otage sans revendication, à se lier lui-même à la chaise pour finalement rapporter son invention sur terre, et lui avec.

On discerne rapidement l’absurde de la pièce, sans se faire piéger, car le tragique pathétique du personnage nous retient. Le grand inventeur qu’il vénère, Thomas Edison, brille par son humanité, alors que Renatus Todd s’avilit. Un classique à la Claude Paiement, qui aime faire dans les paradoxes et dans l’absurde.

La Chaise repose en grande partie sur le jeu du comédien pour l’occasion transformiste. Frédéric Desager joue tous les personnages, du grand et bourru Thomas Edison au condamné à mort noir et américain de 523 livres Monsieur Washington. La métamorphose entre les personnages est instantanée et atteint la perfection grâce à l’interprétation de Desager mais aussi à la mise en scène brillante de Eudore Belzile.

Frédéric Desager est un comédien belge au visage familier pour ceux de la vingtaine. Il avait fait plusieurs apparitions dans des émissions jeunesse québécoises. Bien que son personnage n’ait rien à voir avec la légèreté de ceux qu’il incarnait à l’écran, on lui reconnaît son caractère un peu loufoque et énergique. C’est d’ailleurs de lui qu’est venue l’initiative de La Chaise, qu’il a proposée comme projet à l’auteur Claude Paiement. L’écriture a ensuite été une longue aventure passant par l’improvisation et la réécriture sans fin de ce fouillis de personnalités et d’accents tous plus intenses les uns que les autres, avant de rendre un texte satisfaisant.

Cette pièce à laquelle on attribue l’étiquette de comédie noire, provoque le rire jaune. Au fur et à mesure que les minutes passent, le spectateur ressent un malaise grandissant qui le conduit à faire abstraction des tournures insolites et amusantes du texte. Nous sommes dans cette pièce, la b-31, où doit se faire  exécuter un homme de manière imminente. Cependant, l’homme qui devait nous les apporter se fait mettre six balles dans le ventre par le protagoniste. Le sentiment d’enfermement est indéniable alors qu’on nous rappelle constamment notre place dans l’espace, que la porte se ferme, que la vitre est barricadée et que la caméra de surveillance est pointée vers nous.

La Chaise ne cherche pas à reproduire les émotions du discours mondain autour de la peine de mort. Il refuse d’admettre qu’il est un bourreau et parle de la durée des secondes qui précèdent la mort avec son condamné et partenaire d’échec «Dely» Washington, mais c’est tout. Le spectateur ne sort pas de la pièce avec un message clair en tête. Les auteurs refusent de se laisser tenter par un théâtre moralisateur dans un débat déjà socialisé à l’infini. Une réussite au goût amer qui rend plus douces nos propres abominations.

 
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