Triche qui peut
25 octobre 2011
Phénomène courant à l’école secondaire, la tricherie est une infraction aux conséquences graves à l’université.

Connor* a passé une grande partie de son été à défendre son innocence dans une affaire de plagiat. «C’était sur un take-home. On avait l’habitude de s’entraider. Quand est arrivé le moment de l’examen, elle m’a demandé de l’aider à comprendre certains détails. Je n’ai pas eu le temps de la rencontrer pour lui enseigner ce que moi je savais, donc j’ai fait mon travail et je lui ai envoyé. Elle a pris deux réponses sur huit, et elle a juste inversé l’ordre des phrases. Et puis on s’est fait prendre à deux» raconte-t-il.

Alice Des | Le Délit
Tricherie ou plagiat
Outre les innombrables cas de plagiat, les types de tricherie à l’université sont très variés. Le copiage est enrayé par des mesures comme l’alternance de copies à ordre différent dans les examens à choix multiple, ou la tenue de deux examens en même temps dans une même salle afin d’espacer les élèves.

Le Code de conduite de l’étudiant prévoit également des sanctions pour la réutilisation d’un travail dans des classes différentes. Jagtaran Singh, président du service de représentation étudiante, qui offre des services de conseillers aux étudiants accusés d’infractions diverses, explique que «quand un étudiant soumet un même travail pour un deuxième cours, il n’a pas mis d’effort la deuxième fois et c’est comme s’il obtenait des crédits gratuitement». D’autres formes de triches incluent l’emploi mot-à-mot de notes d’une personne qui a précédemment pris le même cours, ainsi que la falsification d’une note de médecin afin de justifier une absence ou un retard. Singh note que la plupart des cas qu’il a rencontrés ont pour cause l’ignorance de ces règles. Connor* croit «que c’est de la foutaise. Quand on est à McGill, on sait très bien ce que c’est que du plagiat». Ailleurs, les étudiants semblent être tout aussi conscients de leurs méfaits même lorsqu’ils ne sont pas pris sur le fait. Benoît*, diplômé de l’université Laval, avait là-bas soumis plusieurs fois le même texte littéraire pour plusieurs cours sans jamais se faire prendre.

Il y a quelques années on distribuait des copies du Green Book, contenant le Code de conduite, aux étudiants durant la session d’orientation. Maintenant tout se fait par le biais d’internet sur mcgill.ca/integrity. Singh ajoute que l’«université admet qu’il en revient à l’étudiant de s’informer». En 2003, le Sénat avait adopté une motion pour inclure l’avertissement qui apparaît maintenant sur tous les plans de cours, stipulant que «les étudiants doivent comprendre la signification et les conséquences de la tricherie, du plagiat et des autres infractions académiques».

Comme l’annonce le McGill Reporter du 13 février 2003, «le Sénateur Morton Mendelson avait insisté sur la nécessité de cette mesure étant donné qu’une étude démontrait que 80% des étudiants de premier cycle ont triché sous une forme ou une autre durant leurs études.» Le Code de conduite, qui avait été accepté par le Sénat en mai 81, n’a pas été changé depuis, et selon la Doyenne à la vie étudiante Jane Everett, aucun cas de tricherie n’est tombé à l’extérieur des circonstances prévues par le Code depuis sa création.

Substitution identitaire
André Costopoulos, responsable disciplinaire (DO) de la Faculté des Arts explique que les cas de tricherie dans sa faculté sont rares. Toutefois, un cas de substitution d’identité a été découvert lors d’un examen l’année dernière. Selon lui, «avant que la feuille d’inscription [à l’examen] circule entre les tables, l’étudiante aurait eu le temps de faire assez de l’examen pour se rendre compte qu’elle ne réussirait pas. Elle a mis un faux nom sur la feuille et a présenté une fausse pièce d’identité». Le système de vérification de l’identité des étudiants lors des examens se fait par la carte d’identité de l’université et la signature, ce qui permet de corroborer l’identité d’un étudiant s’il y a doute. Il reste qu’un étudiant aux caractéristiques physiques similaires à un autre, pourrait passer l’examen à sa place, avec sa carte et signature en main.

Malgré les discussions entre le docteur Costopoulos et le bureau des examens à propos des substitutions d’identité, Jocelyne Younan, Surveillante en chef pour les examens finaux, affirme qu’«il y aurait possibilité de vérifier systématiquement l’identité des étudiants par scanner», une méthode qui ne sera pas réalisable pour décembre.

Discipline
André Costopoulos a préféré ne pas discuter de la façon dont on a découvert le manège de l’étudiante qui s’est fait passer pour une autre, fort probablement car le processus disciplinaire est en cours.

Les allégations de triche sont généralement soumises par les professeurs, les TA ou les surveillants d’examens. Fait plus rare, un étudiant peut dénoncer les méfaits d’un autre. Une fois que l’allégation est entre les mains du responsable de la discipline, personne, excepté l’étudiant et son conseiller (s’il en réclame un), n’est mis au courant de la suite des événements. C’est une source de frustration pour certains. Ross Stitt, qui est surveillant d’examen à McGill depuis 1994, voudrait savoir, «D’habitude, je demande ce qui leur arrive, mais je ne reçois qu’une réponse vague. Je sais juste que l’un d’entre eux a été renvoyé, c’est tout.»

Les professeurs ne sont pas en droit de sévir eux-mêmes contre leurs étudiants. Il en revient au DO, durant l’entretien disciplinaire, d’établir si l’étudiant est en faute et de décider s’il sera exonéré, admonesté ou réprimandé. Si l’étudiant est réprimandé ou admonesté, le DO peut décider de le faire échouer à l’examen, l’obliger à accomplir jusqu’à 10 heures de travaux communautaires, le placer en sursis de conduite, ou même aller jusqu’à la suspension ou l’exclusion. Madame Everett laisse entendre que l’exclusion est rare dans le cas d’une infraction d’ordre académique. La réprimande est cependant plus coûteuse que l’admonestation car elle donne lieu à l’établissement d’un dossier disciplinaire. L’étudiant en garde la marque tout au long de sa scolarité, si ce n’est plus tard. Certains programmes professionnels requièrent la vérification du dossier disciplinaire et fondent leurs admissions en partie sur cette information.

À qui la faute?
Quand il s’agit d’une note de médecin forgée, ou simplement altérée pour changer la date, André Costopoulos raconte qu’il «n’a qu’à composer le numéro de la clinique et demander de consulter le dossier de l’étudiant en question» pour se rendre compte de la faute. Les tricheurs sont très rarement faussement accusés. Cependant, pour la tricherie dans les examens faits à la maison, il est difficile d’identifier qui est responsable de l’infraction.

Connor* savait exactement comment construire sa défense. Ses parents sont avocats. «Ils m’ont fait envoyer les échanges d’e-mails et les différentes versions de mon travail. Moi, je savais que tout ce que j’avais à faire c’était de dire la vérité. L’article qui qualifie ce qui te rend coupable ou exonéré est tout petit.» Tout se jouait sur la preuve que Connor* n’avait pas consenti à ce que son amie copie littéralement ses réponses. L’attente jusqu’à l’entrevue disciplinaire était longue et le stress grandissant. «Une fois devant le docteur Costopoulos, je voyais qu’il s’était déjà fait une idée de moi et c’était précisément cette idée là que je voulais qu’il se fasse.»
Bien que chaque cas ait une conséquence spécifique prévue par le Code, la sévérité de la punition reste à la discrétion du DO. Il peut même aller jusqu’à exonérer un étudiant fautif lors de circonstances atténuantes. Jane Everett dit que les DO sont souvent plus sévères envers les étudiants de troisième ou quatrième année, de qui on attend une meilleure compréhension des exigences d’intégrité. Connor* a été très surpris d’apprendre, par le biais d’amis communs, que l’étudiante qui avait copié ses notes a elle aussi été exonérée. Pourtant, la défense de Connor* était fondée sur la preuve qu’il n’avait pas consenti à ce qu’elle copie les réponses aux questions qu’il lui avait envoyées. «Je pense qu’elle a dit que j’avais pris moi-même des phrases telles quelles des PowerPoint du prof. Elle a du démontrer que sa phrase ressemblait trop à celle du slide, et la mienne aussi pour qu’on puisse dire qu’elle avait copié sur moi» témoigne-t-il. Pourtant, seulement les réponses aux deux premières questions (celles que Connor* avait envoyées) étaient semblables.

Dis-moi qui!
La confidentialité est sacro-sainte au sein de l’administration et des conseillers des services de représentation étudiante. Il y va de la réputation de l’étudiant, mais aussi de l’institution, qui tire son prestige de la représentation de son corps étudiant dans les grandes universités américaines et les grandes écoles européennes.

Pourtant, en 17 ans de travail en tant que surveillant d’examens, Ross Stitt dit «n’avoir jamais reçu de consigne précise là-dessus». Il se demande comment les nouveaux surveillants savent comment reconnaître les tricheurs. Lui les repère de loin grâce à leur langage corporel: «quand ils rentrent ensemble côte à côte, je les sépare automatiquement dans la salle. Ça se voit tout de suite,» dit-il. Il y a bien des rencontres d’une heure pour les surveillants auxquelles il dit ne jamais aller, et selon lui la moitié des nouveaux n’y vont pas non plus. Madame Younan assure que les «nouveaux surveillants reçoivent une formation obligatoire pour savoir comment gérer les exceptions», dont les tricheurs font partie.

*Seuls les noms des deux étudiants cités ont été changés.

 
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