Modélisation à fins d’exploitation
13 septembre 2011
Le thème de la justice climatique et économique, de l’efficacité du développement et de la mobilisation citoyenne étaient à l’honneur lors de la 10e conférence mondiale de CIVICUS.

«Une forêt modèle, ce n’est ni une forêt, ni un modèle» annonce d’emblée Marie-Ève Landry, animatrice de l’atelier sur les forêts modèles, et coopérante-volontaire pour CUSO-VSO, un organisme qui agit dans le milieu du développement international. Mais qu’est-ce qu’une forêt modèle? Est-ce un autre concept mystérieux qui ne peut être compris que par les initiés ou est-ce une idée qui saura rallier les foules et charmer les plus rébarbatifs? L’Assemblée mondiale de CIVICUS, prise en charge notamment par l’Institut du Nouveau Monde cette fin de semaine, visait à démystifier ce genre de concepts afin de donner une voix à la société civile dans les prises de décisions à l’échelle mondiale.

Anabel Cossette Civitella

Les forêts modèles ont été conceptualisées au Canada en 1992, alors que le secteur forestier canadien était en crise: les travailleurs forestiers, les autochtones, les locaux et les scientifiques ne s’accordaient pas sur la manière d’exploiter les forêts de manière efficace et durable. Ainsi, le Réseau canadien des forêts modèles a vu le jour pour arriver à concilier tout ce beau monde. L’important, c’est de «faire naître l’espoir dans un petit milieu qui a du potentiel» assure Serge Harvey, directeur de la Forêt modèle du Lac-Saint-Jean. Depuis les années 90, beaucoup de chemin a été fait car il existe maintenant quinze forêts modèles au Canada et de nombreuses autres ailleurs dans le monde.

Mais concrètement, le jour où vous voulez bâtir une forêt modèle, que faites-vous? Premièrement, contactez le Réseau. Deuxièmement, choisissez un emplacement géographique qui semble en situation de crise, comme une forêt surexploitée par des industries de coupe. Troisièmement, faites un diagnostic du territoire en question: qu’est-ce qui va mal, exactement? Quelles ressources exploitables cette forêt possède-t-elle pour relancer l’économie de la région? Quatrièmement, discutez avec tous ceux qui agissent sur la forêt d’une manière ou d’une autre, soit les gens qui chassent, pêchent, cultivent, et cueillent, ceux-là même qui voudraient qu’elle soit dorénavant mieux exploitée. Cinquièmement, créez des groupes de travail afin de planifier une meilleure stratégie d’exploitation de la forêt. Finalement, croisez les doigts pour que les idées fructifient…

Et des idées, les instigateurs des forêts modèles du Canada en ont à revendre. Que ce soient des projets de revalorisation des champignons forestiers, de la protection d’espèces en péril ou de la mise en marché de la sève de bouleau, les ressources sont diverses et riches. Non seulement au Canada, mais en Afrique aussi les idées se bousculent. Au Cameroun par exemple, un projet de recyclage de bois indigène permettait de produire des stylos à moindre coût. Toutefois, dû à une mauvaise gestion des actionnaires, l’enthousiasme a été de courte durée. «Malheureusement, nous faisons toujours face à un problème de gestion. Ce sur quoi nous devons travailler, c’est la formation de futurs financiers qui seront capables de bâtir un plan d’affaires», commente Colette Robertson, présidente de la Forêt modèle du Lac-Saint-Jean.

Finalement, ici ou ailleurs, le défi des forêts modèles est de concilier les intérêts d’acteurs qui n’ont pas tous les mêmes buts et certainement pas tous les mêmes pouvoirs. C’est donc à des organismes comme le Réseau international des forêts modèles de donner une voix à ceux qui n’en n’auraient pas en temps normal.

 
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