Vaches en furie
6 septembre 2011
«L’herbe est toujours plus verte chez le voisin.» Voilà un proverbe que les Irlandais ne connaissent certainement pas, car l’herbe ne saurait être plus verte que chez eux.
Elise Maciol | Le Délit

En posant le pied sur le sol irlandais, la première chose que remarque le touriste lambda est en effet la phosphorescence éblouissante des prés environnants. Cela n’étonnera donc personne d’apprendre qu’à l’exception de passer mes soirées dans les pubs à boire la mousse des Guinness de mon copain –à qui je laissais le reste de cette bière trop amère– j’avais pour priorité d’aller gambader dans les prés.

Qui eut cru, cependant, qu’une innocente promenade à travers champs pouvait rapidement se transformer en une périlleuse aventure? Alléché par la vue d’un splendide pré vert surplombé d’un arbre centenaire majestueux –et, pour mon bel Américain, par la perspective de visiter des ruines oubliées au beau milieu d’un champs voisin– notre petit groupe d’amis s’est empressé de sauter fossés et barrières pour rejoindre cette vision divine.

Après avoir fait le tour du pré en question, il a bien fallu satisfaire la soif de vieilleries de mon copain, dans le pays duquel les ruines ne courent pas les rues. Seulement, pour atteindre ces pierres millénaires, il fallait traverser un petit coin de champs fermier et déranger quelques vaches qui broutaient d’un air bête et inoffensif… Rien de plus facile, me direz-vous.

Elise Maciol | Le Délit
C’était sans compter sur le talent d’actrices de ces vaches-là! À peine arrivait-on vers le bout de leur pré qu’elles étaient déjà toutes lancées au trot derrière nous, et qu’une meilleure vue de certaines d’entre elles nous révélait soudainement qu’au moins la moitié du troupeau était composée de jeunes taureaux! Tout en les observant se ruer vers nous en meuglant et en s’exerçant à la lutte (je ne plaisante pas), on s’est jeté sans plus réfléchir dans les ronces et les barbelés qui séparaient leur pré de celui des ruines. Rien ne sert de vous dire que l’exploration de ce dernier nous semblait tout à coup bien moins appréciable qu’elle ne l’avait paru quelques minutes auparavant. Dans l’impossibilité de joindre qui que ce soit, on s’est concerté en tremblant sur la marche à suivre, au milieu des beuglements furieux de bovidés monstrueux séparés de nous par une simple cordelette.

Le danger semblait pourtant presque passé; il nous suffisait effectivement de traverser une épaisse haie de ronces pour atteindre le grand pré aux ruines, et nous étions sauvés. Seulement, si celui-ci était vide en apparence, qui nous disait que ce n’était pas là le territoire d’un taureau séparé du reste de son troupeau? On a donc fait le tour du champ en catimini, prêts à se jeter de nouveau dans les ronces pour éviter de se faire encorner. Je peux vous dire qu’on ne faisait pas trop les fiers…

Toutefois, comme vous l’aurez deviné, si je peux écrire cet article aujourd’hui, c’est que l’herbe était bien plus verte chez le voisin, qui, lui, n’avait pas de vaches.

 
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