Rose et Noir
5 avril 2011

Mon livre de poésie est la seule personne qui me comprenne. Pendant ces quelques années, les équations ont soulagé mon stress et mes anxiétés, mais quand je suis arrivée à Montréal tout a changé. La ville de Montréal est très différente de ce que les autres m’avaient dit. Il y a une culture de l’excessif: beaucoup de lumières, beaucoup de bruit, beaucoup de personnes et aussi beaucoup de fêtes. Par exemple, ce soir à côté de ma chambre, il y a avait des étudiants à mon étage qui commençaient les rituels devenus communs: «Shots, shots…..shots….everybody!» Il est curieux que mes pairs soient presque soûls, parce que le vendredi, au Kenya, est un jour de prière. Au lieu de prier, fêter et boire de l’alcool est seulement un des aspects de leur mode de vie qui me surprend.

Pour la première fois ce soir, le bruit dans le couloir s’est apaisé. Donc j’ai décidé d’aller à la salle de bain mais je suis entrée dans un monde entièrement différent. En entrant, j’ai vu plusieurs filles qui se mettaient du maquillage aux couleurs vives et voyantes en buvant de l’alcool. J’ai essayé de trouver ma brosse à dents en évitant le danger de leurs hauts-talons.  Soudain, quelqu’un m’a appelée. J’ai reconnu sa voix, mais quand je me suis tournée vers elle, je n’ai pas reconnu la personne devant moi. «Fatima!», puis la fille m’a dit, «viens avec nous ce soir au club 1234! Et 737! Et 3519! Avant d’y aller, nous buvons de la vodka et de la tequila, bois-en aussi!» Je ne pouvais pas comprendre les transformations qui s’étaient opérées en elle. Elle était la seule autre musulmane que je connaissais dans cette résidence. Mais maintenant, elle a changé pour toujours. Une autre fille à coté du lavabo a dit: «Ton amie serait très belle si elle portait cette couleur de rouge à lèvres.» Mon amie m’a tirée vers le miroir. «Tiens» m’a-t-elle dit. J’ai lu le nom de la couleur avant de la mettre sur mes lèvres: «Rose voyant».

Je l’ai pris et l’ai mis sur mes lèvres. Rose voyant. Instantanément je semblais différente. Plus choquante. Peut-être dangereuse.

Mais ce que j’ai vraiment constaté, c’est le fait que je me suis sentie… différente. Pendant un instant, j’ai eu l’impression d’être comme une de ces filles, comme si j’appartenais à cette nouvelle vie. Je me suis regardée dans le miroir, les autres filles m’ont souri et m’ont encouragée à boire de la vodka. Aussitôt, quelque chose en dedans de moi m’a dit «Arrête! Qu’est ce que tu fais?» Je me suis vite tournée pour m’observer dans le miroir et j’ai compris que j’étais sur le point de céder à cette culture dangereuse. Je n’étais pas prête. Cette culture n’était pas la mienne. Je ne voulais pas me réveiller un de ces jours et me rendre compte que j’avais changé pour toujours comme mon amie. J’ai couru jusqu’à ma chambre, fermé la porte derrière moi, et respiré profondément.

Je refuse de me perdre moi-même dans toute cette folie et de compromettre mes valeurs. Mais pourquoi est-ce que je me sens seule dans toute cette noirceur?

Fatima

Emily Field, Linda Sarvi et Rebecca Hallquist

 
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