La responsabilité de tous
5 avril 2011
J’écris en réponse à la lettre d’opinion publiée le 29 mars 2011, intitulée de façon créative «L’“homosexualisme”, nouvelle tyrannie du XXIe siècle» par Guillaume Dumas.

L’auteur semble comparer le refus de renouveler un agrément de famille d’accueil par une agence britannique à un couple anti-homosexuel à la Terreur de la Révolution française et au mouvement de dérussification en Estonie.

Je ne sais même pas par où commencer. L’auteur semble mal saisir les questions de fond soulevées par les enjeux de ce litige britannique. Il y a une distinction manifeste à tracer entre le droit à la vie et le droit d’agir comme famille d’accueil. Il y a également une différence entre le droit à la citoyenneté nationale et, encore, le droit d’agir comme famille
d’accueil.

Nous sommes tous d’accord pour dire qu’aucune personne ne devrait être privée de sa vie ou de sa citoyenneté acquise à la naissance. Je suis certain que de nombreuses conventions internationales et chartes de droits protègent ces intérêts primordiaux. Le prétendu droit d’agir comme famille d’accueil, cependant, est une toute autre chose.

Un foyer d’accueil est un service public, organisé et encadré par l’État. Quand on devient une famille d’accueil, on devient fournisseur d’un service public. Il n’y a pas de droit illimité à devenir une famille d’accueil. Et, plus important encore, l’État a la responsabilité d’assurer un environnement sécuritaire pour tout enfant en foyer d’accueil, qu’il soit gay ou hétéro.

Si la question contestée était «vous sentez-vous à l’aise de dire à un enfant que les filles méritent autant de respect que les garçons?», au lieu de «vous sentez-vous à l’aise de dire à un enfant que l’homosexualité est acceptable?», je présume que l’affaire n’aurait pas suscité une telle polémique. Une agence gouvernementale chargée de services sociaux a la responsabilité de fournir un foyer aussi sécuritaire pour les filles qui font face à des préjugés sexistes que pour les enfants qui, en explorant leur sexualité, affrontent des préjugés homophobes.

Ce cas ne constitue par une affaire de liberté d’expression ou bien de liberté religieuse. Owen et Eunice Johns continuent de jouir du plein droit d’exprimer leur opinion et de pratiquer leur religion. La Haute Cour de Nottingham, par contre, a statué qu’ils ne peuvent pas assurer une mission de service public dans laquelle la préoccupation première est la sécurité de l’enfant, sans vouloir garantir un foyer propice au bon développement de tout enfant.

 
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