Gris et vert
5 avril 2011

Chère Grand-mère,

Vous ne croiriez pas ce que je vois maintenant. La ville entière est tout illuminée et donc j’ai l’impression qu’on peut nous voir de l’espace. Je n’ai jamais pensé qu’une ville puisse être si énorme. L’eau du fleuve Saint-Laurent réfléchit les lumières, et en voyant cela, je me souviens de la nuit chez nous.

Montréal n’est pas la ville que j’imaginais, la ville de mes rêves. Les édifices sont énormes et impressionnants. À gauche, au loin, je vois le biodôme, représentant toute l’intelligence et toute la technologie de la vie moderne. À droite, toutefois, se trouve le pont qui traverse le Saint-Laurent, en route pour le parc d’attractions, la Ronde, dont je me souviens les quelques visites d’enfance. Bien que les étoiles artificielles éclairent les rues, le gris urbain ne peut pas être caché.

Tout ce que je veux maintenant, c’est voir le vert naturel de chez nous. Ici, l’air est saturé de pollution, et ma belle langue française a été remplacée par l’anglais fade partout. C’est le même Québec, mais j’ai l’impression d’avoir été téléporté sur une planète étrangère.

C’est inacceptable, grand-mère! Pourquoi mes professeurs m’ont-ils menti toute ma vie? Je ne peux pas parler l’anglais couramment bien qu’ils me l’aient dit! À McGill, même au Département de littérature française, je ne peux communiquer avec personne à l’extérieur de l’amphithéâtre, sauf avec la minorité québécoise. Même les Français se sentent supérieurs. Les étudiants de Paris ne veulent pas parler avec ceux qui ont «l’accent québécois».

J’ai l’impression de me laisser piéger sur cette île, entouré par les requins anglophones, trop loin de vous et de notre vie ensemble. Ici au parc du Mont-Royal, j’ai essayé de trouver un peu de vert. Mais ce que j’ai trouvé, c’est une imitation pâle de la campagne. Même la Croix ici, le symbole le plus sacré de l’identité québécoise, luit comme un casino.

Plus d’un million et demi de personnes sont ici, mais c’est vous qui me manquez. Je reviendrai bientôt, mais d’ici là, je reste un fils de Grand-mère, Québec.

Jean-Yves

Colleen Morawetz, Seema Emami et Danielle DerOhannesian

 
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