Bleu, blanc et rouge
5 avril 2011

Cher Boris,

L’autre jour, je me promenais sur la rue Sainte-Catherine, quand j’ai mis la main sur une copie de La Presse. La une annonçait: «Gavorsky, le nouvel espoir des Canadiens!»

Je suis venu m’établir dans la grande ville de Montréal il y a quelques années, croyant que la seule raison pour laquelle nous avions déménagé était de poursuivre ma carrière de danse –je rêvais de performer pour les Grands Ballets Canadiens. Mais, dès que nous sommes arrivés, j’ai compris que ce n’était pas complètement le cas. Je m’en suis rendu compte dès que je suis allé à l’école. Deux fois par semaine, tous mes amis s’habillaient aux couleurs vives des fameux Habitants. Mais moi, je portais mon sac avec mes collants et mon justaucorps monochromatique. Je ne connaissais pas ces surnommés «Habitants».

Après m’être senti exclu pendant quelques semaines des conversations à propos du Rocket et de la grande coupe d’argent appelée Stanley, les garçons ont fini par m’inviter à regarder une partie de hockey chez eux. Leurs mamans nous préparaient du chocolat chaud et des biscuits aux pépites de chocolat, et une dizaine de petits sauvages se rassemblaient devant la télévision. Je n’avais jamais vu personne de si excité, de si passionné par ce jeu. On criait à chaque mise en jeu, on gueulait quand les joueurs laissaient tomber leurs gants et on éclatait de joie quand les Habs comptaient un but. À partir de ce moment-là, je me suis rendu compte que si je voulais vraiment m’intégrer à Montréal, je devais apprendre à inclure le hockey dans ma vie.

Mon ami François m’a donné ses vieux patins en cuir, fissurés par des années d’usage. Je me suis mis au travail et j’ai constaté que mon expérience en danse m’aidait à patiner. Tel un véritable Canadien, je vivais entre l’école, l’église et la patinoire. Chaque jour, au lieu de faire du ballet, j’allais à l’aréna du parc Jeanne-Mance pour pratiquer mon tir du poignet. Mes collants de danse étaient parfaits sous mes vêtements de hockey, pour me réchauffer.

Quelques années plus tard, j’ai fini par me rendre au niveau compétitif. Je jouais donc au hockey avec mon cher ami François. Un jour, maman a reçu un appel d’un agent sportif pour le Canadien de Montréal, un appel qui a complètement changé ma vie. On m’avait tendu le flambeau, et c’était à moi de le tenir bien haut.

Boris, je sais qu’il peut sembler ridicule que j’aie passé des centaines d’heures au studio de Kirov en Russie à pratiquer la danse, alors que maintenant le Centre Bell est ma deuxième demeure. J’ai par contre compris qu’il y avait beaucoup de similitudes entre l’appréciation que j’ai pour la danse et pour le hockey. Je continue à porter mes collants sous ma combinaison de hockey tricolore. Depuis que maman et moi sommes venus au Canada pour cette vie plus libre, j’ai le sentiment que je suis devenu une nouvelle personne. Mais à la fin de la journée, après avoir saigné et sué, je sais que je trouve un dynamisme semblable à la danse en jouant au hockey. Finalement, mes deux vies se sont entrecroisées. Le bleu, le blanc et le rouge seront toujours mes vraies couleurs.

Tu trouveras ci-joints deux billets d’avion pour que papa et toi puissiez me rendre visite et me regarder jouer avec le tricolore.

Je me souviens,

Sasha

Ailise Byrne, Katie Kelleher et Julianna Obal

 
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